Bateau sur eau douce

• DÉFI SABLIER #1 • (5)

Le bateau était ballotté par l’onde pure. De loin, on aurait cru voir les voiles d’un majestueux navire. Pourtant, à l’approche, on ne distinguait finalement qu’une vieille barque, pour ne pas dire ses restes : quelques mites y avaient fait causette. Au fond, des flaques suçaient le bois pourris, faisant monter des bulles à leur surface. Malgré quoi, Il prit le pas et s’enfonça avec l’embarcation. Comme par magie, celle-ci se recula de la berge ; le lien invisible qui l’y retenait se rompit.

Il eut un bâillement. Sur quoi, une féroce torpeur le saisit et Il bascula dans les flots, non pas de la rivière, mais du lieu secret dont tant craignent de ne jamais revenir.

Ce fut un long voyage. Du moins, c’est ce qu’il pensa.

La lumière chaude trempait la cime des arbres et Lui brûla la rétine lorsqu’Il rouvrit enfin les yeux. Il avait perdu la notion du temps et il s’était égaré de celle de la réalité. A présent, ses pieds avaient disparu sous une couverture liquide. Encore, le petit fleuve tranquille le berça. Longuement. Il se rappela le Rocking-chair dans lequel sa mère aimait le prendre. Un doux effluve chatouilla ses narines au souvenir de cette dernière.

Soudain, Il se secoue. Quelque chose venait de saisir son attention ! Inquiète du soudain assaut, la barque menace de se renverser. Il s’immobilise alors et louche sur la petite bille de lumière que la main d’une brise, bien que faible, semblait promener. L’étrangeté lui taquinait le nez et lui baisait les joues, comme avait pour habitude sa mère, le soir, à son chevet.

Evidemment, sa première pensée fut de l’attraper…

Du moins, essaya. Ce fut un rude duel, la petite sphère ornée d’éclats planant à toute vitesse au-dessus des eaux et ses poings se refermant sur le vide. La barque, elle, avait soudainement pris de l’allure comme pour participer au jeu. Elle éventrait de sa coque brisée les flots qui à leur tour se déchaînaient. Tout, même le temps, semblait se précipiter dans un amusement vif et dangereux…

Lorsqu’enfin la bille dorée cessa son ballet aérien, Il reprit son souffle. Elle traînait à ses pieds, dans le liquide verdâtre qui lui montait à présent jusqu’aux genoux. Là, Il était sûr. Il allait gagner.

Au même moment, la lumière s’évanouit avec la sphère. Autour de Lui, l’obscurité se pencha sur les grands arbres pour dégouliner jusqu’à leurs racines. Ce fut le vide. Il était aveugle.

Et voilà l’instant tant craint. Un flot puissant s’engouffra dans sa bouche, étouffant son dernier cri. Il battit des bras sous le poids des eaux et tenta de se sauver de l’étaux. En vain. Sa poitrine le brûlait atrocement. Il tenta de cracher l’ennemi. Il avait peur. Tout excitation l’avait abandonné entre les mains de la terreur. Comme Il se trouvait bien stupide dans son dernier souffle, pensa-t-Il.

Puis, il y a comme cette douce chaleur qui l’enveloppe. Pour dire vrai, la chaleur de bras. L’enfant sauvé par cette odeur familière resserra l’étreinte. La sueur qui mouillait son pyjama ne l’importait que peu.

– Maman, murmura-t-il avec amour et soulagement.


Un texte bien étrange, n’est-ce pas ? Si c’est ce que vous pensez, c’est que j’ai réussi mon petit effet. On ne comprend pas bien où l’on est, de quoi il s’agit, il n’y a pas de réelle marque temporelle… Tout est fait pour nous perdre, nous rendre inconfortable. Eh, bien ! cher lecteur. Pourras-tu nier que tu n’as jamais vécu cela ?

Comme le montre la fin, il s’agit de la narration d’un rêve. Et pas de n’importe qui : celui d’un enfant ! D’où l’apparition de la mère dans le songe, des remarques et pensées étranges, un peu infantiles (celui de vouloir soudainement faire une sieste, ou encore de voir un navire plutôt qu’une petite barque, des images drôles du fait de mots peut-être mal assemblés…)

Quant à la question du « Il », je m’explique : dans le rêve, il est d’habitude que tout semble tourner autour de Nous. Nous sommes, la plupart du temps, personnage de ces rêves et tout se passe soit pour nous effrayer, soit dévoiler certains de nos désirs. Le rêve ne touche que nous, il est personnel. Ne souhaitant pas donner de nom à l’enfant pour cette cause, j’ai voulu marquer sa présence par la majuscule pour lui donner plus d’importance. C’est Lui, le centre de la narration.

J’espère que ce premier défi hebdomadaire vous aura satisfait. N’hésitez pas à déposer un commentaire, qu’il soit négatif ou positif. Il n’y a qu’ainsi que je peux m’améliorer.

 

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