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• DÉFI SABLIER #1 • (5)

 

Mourir. Qu’est-ce ?

Nous nous posons tous cette question. Parfois, nous rencontrons même la mort, face à la tombe d’un être chéri. Nous ressentons des choses, mais nous ne comprenons pas. La mort, est-ce froid et dur comme une pierre tombale ? La mort, est-ce sombre comme les profondeurs de la terre ?

L’homme a peur de ce qu’il ne connaît pas. Aussi a-t-il peur de la mort. Mais avoir peur de mourir, n’est-ce pas avoir peur de vivre ?

Nous savons cependant une chose : un jour, nous mourrons.

Le contact sous mes doigts me fait frémir. Froid. Mais doux. Blanc. Lumineux. Et si la mort, c’était ça ? Et si la mort pouvait être aussi merveilleuse qu’une vie ?

Il n’y a plus rien autour de moi que ce désert calme. L’air est silencieux, seulement brisé par ma respiration hachée. Je sens le fluide chaud envahir ma gorge. Je veux tousser, cracher. Mais je ne trouve pas la force. Je toise du regard l’objet fin aux rides sinueuses qui s’élève sous mon nez. Étrangement, un rire ironique me monte à la gorge. Qui a dit que la mort serait douloureuse ? Malgré le choc de la lame qui me pénètre, je ne sens plus rien. Ma poitrine se vide peu à peu de mon sang. Pour se remplir d’un sentiment de paix.

Oui, paix. Je n’ai pas peur. Je ne regrette rien. Je goûte pour la dernière fois à un puissant sentiment de sérénité, étendue là sur la neige. Combien de temps me reste-t-il à vivre ? Qu’importe. Je profite de ces derniers instants comme j’en profiterai après la mort.

J’ai appris beaucoup de choses toutes ces années. À aimer. À être aimée. Des sentiments de joie comme des sentiments de peine. Si je le pouvais, je revivrais chacun de ces moments. Même de douleur. Me voilà rendue forte. Me voilà rendue vivante. J’ai compris ce qu’était la vie.

Merci. Voilà ce que j’aimerais dire pour ce cadeau.

Contrairement à ce que vous pensez, il y a bien une dernière chose qui m’attriste. J’aimerais voir ce soldat à qui cette lance appartient. Mais peut-être est-il déjà mort… Toujours est-il que j’aimerais lui serrer la main. Le consoler. Lui souffler ces simples mots : je te pardonne.

Perle vermeille sur poudre de neige. Mes lèvres esquissent un pauvre sourire. Une dernière fois, la beauté s’offre à moi. Jamais je ne pourrais me lasser de ce spectacle. Ma poitrine se comprime. Ma vue se trouble peu à peu. Une larme ruisselle sur ma joue rougie par la brise glacée. Je ne suis pas malheureuse, au contraire. Je suis débordante d’émotions. Une dernière fois, je vis.

Mon esprit me fuit et la brume m’enveloppe. Je regarde le ciel à travers les hautes cimes des arbres. Et, ressourcée de mes dernières forces, je lance ces mots :

– Prends-moi.

 

La Plume Messagère, 1 mars 2018


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