Extrait II – L’Oiseau en Cage

L'Oiseau en cage

Interlude I

 

Gretta se sentait si seule.

Les lambeaux de sa robe fantomatique effleuraient la pierre froide qui lui griffait les orteils nus. Sa poitrine presque dénudée était couverte d’un mélange de crasse et de sueur. Les vestiges de son superbe maquillage ruisselaient sur ses joues humides de larmes. Ainsi dépareillée, elle ne serait plus jamais désirée. Et sans cet argent qu’on lui avait subtilisé pour quelques bouteilles d’alcool, comment pourrait-elle trouver un abri en cette nuit si noire ?

Soudain, dans son dos, des rires. Cruels. Sournois. Puis un crissement, reconnaissable d’entre tous : celui d’une bouteille de verre fracassée contre la façade d’un bâtiment.

Il la suivait, inlassablement. Il voulait sa peau.

Son cœur qu’elle pensait avoir perdu la talonna soudainement d’une douleur aiguë. Ses jambes trop lasses ne réagirent même pas à l’ordre pressant qui pulsait de son cerveau : celui de courir.

Il se rapprochait. Elle ne pourra pas s’échapper.

Dans un regain de désespoir, elle accéléra le pas – à peine. Les larmes s’étaient taries tant ses cornées écarlates étaient agrandies par l’effroi.

Elle vit une ombre dans son dos. Un sanglot lui monta la gorge à la pensée de ce que pourrait lui faire le rustre. Une de ses mains agrippa le bas de son ventre à présent vide. L’embryon n’avait laissé qu’une tache brunâtre sur son vêtement, dont elle n’était parvenue à se débarrasser. En plus de l’étendard blanc qu’elle portait, la tache ajoutait à sa honte partout où les regards se posaient sur elle.

Un dernier ricanement. Plus fort. Plus terrible.

Elle se paralysa tout à fait face à un étonnant obstacle. Sa fin avait sonné.

Le vieil homme qui lui souriait ne semblait pourtant pas vouloir lui causer de tort. Au contraire, son bras se leva pour pointer une direction. Ou plus précisément, une fenêtre. Derrière cette fenêtre, une lueur douce.

Son seul espoir.

Sans même demander son reste, Gretta se précipita sur la porte qui menait aux appartements. Le battant se refermait déjà dans son dos lorsqu’un tesson de bouteille vint s’y écraser.

 


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