Extrait II – L’Héritage d’un Monde

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Extrait CHAPITRE II

 

Une brise légère vint plaquer ses mèches sombres sur son visage juvénile. Son regard d’un vert pétillant se tourna vers le soleil dont les rayons caressaient sa peau pâle. Près de lui, un ruisseau murmurait et les feuilles des arbres s’agitaient sur leurs branches. Ses doigts fouillèrent la terre à la recherche d’une pierre plate. Une fois trouvée, il la lança vers la surface de l’eau pour l’y faire rebondir. Un. Deux. Trois. Puis six rebonds. Le galet termina englouti par le courant. Un sourire satisfait illumina les traits de l’adolescent.

Il s’étendit parmi les hautes herbes pour les écouter siffler au passage du vent joueur. Quelques fleurs aux couleurs chatoyantes s’épanouissaient par-ci et par-là et il en cueillit une lorsqu’une idée germa dans son esprit. De gestes précis et minutieux, il assembla un bouquet avant de confectionner une couronne, comme un enfant le ferait à l’attention d’une mère.

Une mère qu’il n’avait jamais eue.

Il se réprimanda à cette pensée. Non, qu’importe ce que l’on pourrait croire, il en avait une. Le visage de celle qui l’avait éduqué avec tant d’amour se dessina dans son esprit. Ses doigts jouèrent une dernière fois avec les longues tiges pour serrer les derniers nœuds. Sûrement, ce cadeau de reconnaissance plairait à la Bonne-à-faire.

Il se releva et laissa sa création reposer sur une pierre chauffée par l’astre diurne. Il enjamba le ruisseau à l’aide des énormes galets qui émergeaient de l’eau et se retrouva sous la fraîcheur d’un bosquet. Lentement, il avança parmi les troncs pour les examiner attentivement. Enfin, l’astre lui fut brusquement voilée et il leva le menton vers la cime d’un arbre aux hauteurs vertigineuses. Le seul dont il ne soit pas parvenu à grimper jusqu’à ce jour.

Naran avait toujours été ainsi. Il aimait les défis. Pour lui, c’était un certain moyen de fuir la réalité et fixer des objectifs. Pour lui, c’était ainsi qu’il pouvait aspirer à la vraie liberté.

Son regard se promena le long du tronc, détaillant au préalable les prises nécessaires. Puis, il s’élança.

Les mains agrippées à l’écorce, il gagna quelques mètres à l’aide de bonds agiles. Un temps, son pied cherchait dans le vide un interstice avant de s’y appuyer. Un autre, il se tractait par la force de ses bras pour atteindre une branche. Ses muscles se tendaient sous l’effort et, bientôt, de grosses gouttes de sueur dégringolèrent de son front. Il fit une pause, reprenant son souffle, avant de poursuivre, inlassablement.

Il continua ainsi sur une longue distance. Jusqu’à ce que, levant les yeux au ciel, il remarque les plus hautes feuilles. Si proches. Il brandit une main dans l’intention d’attraper une seconde branche. Soudain, son pied dérapa : c’est la chute.

Sa première pensée ne fut pas celle de la terreur, mais du regret. Le regret de ne pas avoir su atteindre son but. Le regret de ne pas avoir été si prévoyant.

Les branches lui fouettèrent le visage et son épaule gauche fut rudement griffée. Ses lèvres se mordillèrent pour ne pas pousser de cri. Heureusement, à seulement quelques mètres du sol, il parvint à se retenir à une prise. Il resta suspendu quelques instants jusqu’à ce des fourmillements traversèrent son bras. Il jeta un regard incertain sous ses pieds. Dans quel pétrin s’était-il encore fourré ?

Tout à coup, sa poigne lâcha. Ses paupières se fermèrent instinctivement. Le choc ne fut pas long à attendre. Tout son souffle s’évacua d’un coup de ses poumons et une vive douleur lui vrilla le corps. Il demeura immobile, les yeux toujours clos. Il avait survécu. Par quelle chance ? Il ne le savait.

« Ton imprudence finira bien par te faire payer un jour », plaisantaient quelques fois les servantes.

Il grogna et tenta de se rouler sur le côté. Quel parfait idiot il faisait. Il se rappela ses maintes visites chez les servantes, l’œil au beurre noir ou un membre écorché. Certaines le pensaient trop téméraire. D’autres le soupçonnaient de chercher la mort.

Et si c’était vrai ? Si, depuis sa plus tendre enfance, il ne rêvait plus que du réconfort de la mort ?

Une fois encore, il troqua ces sombres pensées contre un sourire. Il n’avait pas besoin de la mort puisqu’il vivait pour quelqu’un. Et être son bonheur était tout ce qui comptait pour lui.

Qu’importe toutes les peines qui le taraudaient depuis sa plus tendre enfance.

« Un jour, lui souffla la vieille femme en guise de consolation, tu découvriras ta vraie identité. Et la vie aura alors un sens nouveau. »

De longues minutes s’égrenèrent sans un son. Lorsque le jeune homme recouvrit enfin des forces, il retourna sur ses pas. Le soleil parvenu à son zénith faisait miroiter ses reflets dorés sur le ruisseau. Sans oublier la couronne de fleur, il prit chemin vers l’obscure façade qui s’étendait au loin.

Si la lassitude du quotidien le pesait, il était prêt à l’ignorer pour le bonheur d’une femme.


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