Le lecteur écrivain

• DÉFI SABLIER #1 •

Vous l’aurez saisi, je poursuis une pause dans l’écriture pour me permettre de me « nourrir » de mes lectures et affirmer mon style. De mon côté, la lecture n’a jamais été très évidente pour moi, ayant toujours préféré l’écriture.

Pour la petite histoire, j’ai commencé à lire de manière plus concrète au même moment où j’ai démarré plus sérieusement l’écriture, à entendre le début du collège. J’ai alors éprouvé une terrible faim qui s’est emparée de moi pour deux longues années. Après quoi, deux autres  années de sécheresse ont suivi : je ne touchais plus à aucun livre, sans pour autant abandonner l’écriture. Je pensais avoir fait le tour, ne plus avoir à découvrir quoi que ce soit d’intéressant.

Ce que je n’avais pas saisi : les histoires ne m’avaient jamais intéressée. Ce qui calmait ma faim, c’étaient les mots, le style propre d’un auteur que je pouvais décortiquer à ma guise, partir à la recherche de toutes ses faces. Deux solutions s’offrirent alors à moi : se tourner vers cette littérature classique que le collège vous fait bien souvent détester et ne plus lire une quelconque traduction, par souci de ne jamais connaître le vrai style d’un auteur.

Étant bilingue, il ne me fut pas bien difficile de me jeter sur la littérature anglophone qui me permit d’ouvrir mes horizons – après tout, aucune littérature ne se ressemble véritablement. Le choix de passer mon bac en filière L m’a également permis de lire davantage de littérature classique que, contre toute attente, je me suis surprise à apprécier.

Pour l’écrivain, la lecture est loin d’être un exercice simple, car il n’est pas un lecteur commun. Je vous laisse découvrir pourquoi – du moins, si vous êtes un lecteur écrivain aussi compliqué que moi…

 

Ce qu’il ne peut s’empêcher de faire

Les livres sont les pires ennemis de l’écrivain.

Oui, cela peut paraître paradoxal – n’est-ce pas son univers même, après tout ? Mais l’existence d’autres livres est la preuve même que l’écrivain n’est pas seul. Il rentre alors en compétition.

La plupart des écrivains ne pourront ouvrir un livre sans se comparer à l’auteur qui se cache derrière ces pages. Il faut alors devenir meilleur, surpasser cet auteur et montrer que l’on maîtrise notre art.

De même, l’écrivain est un grand critique. Il aura beau s’évertuer à lire de la plus légère des façons, les défauts du livre qu’il tiendra entre ses mains lui sauteront à la gorge. Cela ne signifie qu’une chose : sa lecture ne saura être clairement appréciée.

Quelle est la dernière fois que vous avez lu un livre, juste pour votre plaisir, sans voir dans son auteur un rival ? Si vous avez perdu le goût de la lecture, vous ne saurez pas pourquoi vous écrivez.

Dany Laferrière

 

Ce qu’il devrait faire

Si les livres sont les pires ennemis de l’écrivain, ce sont également ses meilleurs amis. Le mentor qu’il cherche tant pour assurer la suite de sa carrière ? Les voici.

C’est ainsi qu’un écrivain devrait observer tous ces livres, des plus mauvais aux meilleurs : il y a de quoi en apprendre dans les deux cas. Des erreurs à éviter dans les uns, de bons conseils à prendre des autres.

Contrairement à ce que je m’efforçais de faire pendant un temps, l’écrivain ne devrait jamais fuir la lecture. Car celle-ci est source d’alimentation continue pour son style qui, quoi que l’on puisse penser, a besoin de se nourrir.

Sa manie de la critique ? Il devrait l’utiliser à bon escient ! Ne pas juger les livres pour ce qu’ils sont, mais ce qu’ils apportent. Analyser. Décortiquer. Noter. Là est tout le vrai exercice d’un écrivain s’il veut pouvoir tirer le nécessaire de ses lectures.

On a commencé par lire avant d’écrire. Tout lecteur n’est pas obligé d’écrire. Mais tout écrivain est d’abord un lecteur.

Dany Laferrière

 

Quelques tips

Alors, comment analyser correctement un texte ?

On vous dira de vous focaliser sur vos propres défauts d’écriture afin d’étudier les procédés utilisés par les autres. Peut-être avez-vous besoin de travailler la description : observez tous ces gros pavés que le regard a justement tendance à fuir. Peut-être est-ce le déroulement de votre narration ou le manque d’un début accrocheur, qu’importe. Les autres livres ont la réponse ; à vous de trouver la bonne !

Inutile de préciser que tout auteur étant différent, la technique d’un autre ne sera pas la solution, mais vous inspirera la bonne.

Mais, parfois, nous avons bien du mal à voir nos propres défauts… Alors que faire ? Je suggère de simplement évaluer le livre dans son ensemble – c’est, à vrai dire, la technique que je préfère. C’est le moment de sortir un vieux carnet toujours non consommé ! Le plus simple est de faire une fiche « compte-rendu » de votre lecture. Pour cela, choisissez tous les points que vous voulez traiter (par exemple, en fonction de certains de vos défauts d’écriture).

Concrètement, voici les questions qui reviennent le plus chez-moi :

 

Les questions d’allure générale
  • Comment est menée la narration (narrateur, points de vue, etc.)  ?
  • Idem pour les descriptions (ce qui manque ou ce qu’elles apportent en plus, ce qui est original ou fluide)
  • Quel est le style de l’auteur ? Qu’est-ce qui le distingue des autres ?
  • Quelle(s) spécialité(s) distingue le livre des autres de son genre (idées, format, narration, etc.)

 

Les questions d’allure plus personnelle
  • Comment l’auteur débute-t-il son roman/chapitre et le finit-il (si vous avez lu mon dernier article, vous avez dû voir que c’est un vrai problème chez moi…) ?
  • Qu’est-ce que j’ai particulièrement aimé et pourquoi ?
  • Qu’est-ce qui m’a fait froncer des sourcils ou secouer la tête et pourquoi ?

 

Vous l’aurez compris, ces questions non rien du génie. Pourtant, elles permettent vite de cerner ma lecture et d’en retenir quelque chose. Si vous souhaitez rentrer dans les détails, rien ne vous empêche d’interroger plus profondément ces mêmes questions !

Dernier point, je conseille à tout auteur de sortir de son petit confort et de s’aventurer vers des littératures qui vous sont inconnues. Peut-être serait-ce pour vous un manque de connaissance des grands classiques (qui pourtant sont de si bons exemples !) ou dans des genres que vous ne lisez habituellement pas. Soyez curieux et ne vous contentez pas des best-sellers et des livres que l’on vous pousse à lire. Prenez les auteurs les plus méconnus – on découvre parfois de belles surprises et on a tout autant à apprendre d’eux !

Pour aller plus loin, je vous encourage à jeter un œil à cet article sur le même sujet de Madame Kea Ring que j’ai beaucoup apprécié.

A vous donc je le demande : qu’elle est la place de la lecture dans vote vie d’écrivain ? 

La Plume Messagère

4 réflexions sur “Le lecteur écrivain

  1. Point de vue intéressant !
    De mon côté, je n’ai pas une lecture très « technique » (menteur)…en tout cas j’essaie (c’est mieux)…Mais la lecture joue un rôle essentiel : c’est une forme d’école de la vie. Grâce à la littérature, j’ai pu rencontrer des centaines de personnages passionnants, travailler l’empathie, réfléchir sur la psychologie de tel ou tel personnage, apprendre à apprécier la poésie d’un moment simple, etc. Le lecteur que je suis recherche en permanence la confrontation à ces mondes que je ne connais pas en réalité.
    C’est ensuite cette somme d’expériences, réelles ou littéraires, qui nourrit les textes que j’écris. Sans la lecture, la source se tarit vite…

    Aimé par 2 personnes

    1. Bien vrai ! La littérature n’apporte pas seulement aux auteurs.
      J’ajouterai que pour comprendre toutes ces œuvres qui parlent du monde, il faut justement apprendre à vivre dans ce monde 🙂 Je trouve qu’il est tellement facile de s’enfermer dans les livres et oublier l’extérieur… Qui est pourtant la source de tous ces livres !
      Bonne soirée

      J'aime

  2. Je ne prends pas toujours le temps « d’analyser » mes lectures, mais je crois que le cerveau fait son travail tout seul, et qu’il assimile plein de choses sans pour autant que ce soit conscient… parfois, je me rends compte a posteriori de ce que m’a apporté tel ou tel livre… et même si ça n’apporte « rien », reste toujours le plaisir de lire 🙂
    Merci pour cet article !

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, je pense que malgré tout le cerveau reste toujours actif en lisant 🙂 Pour ma part, même sans forcément analyser le texte, comme tu dis, j’ai remarqué que mon propre style s’était beaucoup développé car mon cerveau avait retenu certaines tournures de phrases, vocabulaire etc.

      Aimé par 1 personne

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