5 remarques sur le style de Jane Austen

• DÉFI SABLIER #1 •

Récemment, j’ai pris plaisir à me replonger dans l’univers de Jane Austen pour une pause dans l’écriture. J’ai eu l’occasion de lire dans sa version originale Mansfield Park – ce qui doit être, de Jane, mon roman préféré – et je n’ai pu m’empêcher d’admirer le style si singulier de cette autrice, appréciée même au-delà de son époque.

Mais concrètement, quels sont les points que j’admire dans ce style ? Je vous propose cinq raisons pour lesquelles il est bon qu’un auteur prenne le temps de lire Jane Austen – ou du moins, les auteurs qui cherchent à développer leur propre style.

 

#1 Le détail signifiant

Ce que j’apprécie dans sa plume, premièrement, c’est la notion du détail. Ses livres, pourtant pas si gros, comblent le lecteur d’une lecture riche en histoire et en détail.

Pour autant, on ne peut pas dire que Jane s’égare dans ces détails – nous n’avons pas forcément toutes les informations sur les lieux et les personnages, ce qui laisse au lecteur son travail d’imagination.

En somme, la description intervient pour faire avancer l’histoire et non la ralentir ! Il peut s’agir également de quelques anecdotes qui peuvent nous sembler futiles, mais qui nous permettent de rire un bon coup entre les vibrantes péripéties des personnages.

 

#2 L’importance des mots

Jane a cette maîtrise des mots qui me fascine. Non seulement elle s’exprime d’un vocabulaire élaboré, mais elle sait également tourner ses phrases – parfois pourtant bien longues – de manière à donner le plus d’effet à son récit. Souvent, cela se passe ainsi : une phrase légère et pleine d’innocence qui, par sa conclusion, finit tel un marteau de fer sur une enclume.

Lorsque je lis ses livres, j’ai l’impression que chacun des mots est soigneusement pensé. Ils y ont parfaitement leur place.

 

#3 La force de l’ironie

Nous y revenons. À vrai dire, Jane est le plus connue pour son sens de l’ironie, très fort – et très anglais, me permettrais-je d’ajouter. On pourrait presque la définir comme une écrivaine engagée, finalement. Engagée à donner une image réelle des sociétés de son temps et à les critiquer sans parcimonie.

L’ironie est comme un clin d’œil au lecteur. Elle est stratégiquement semée à travers le livre, comme pour ponctuer le récit, donner une claque au lecteur qui aurait peut-être sommeillé. Mais cette ironie est parfois également très subtile et demande une grande attention de la peur du lecteur.

De quoi être sûr qu’un lecteur ne vous quittera pas !

 

#4 La crédibilité des personnages

Les personnages de ses romans sont très imparfaits – ou, devrais-je dire, très humains. C’est ce qui les rend d’autant plus vivants.

Une héroïne à l’imagination trop débordante et qui lui cause bien des ennuis ; des personnages qui ne savent juger l’autre qu’aux premières impressions ; une femme qui n’ose s’affirmer devant les autres ; sans parler de tous ces personnages médisants dans leur nature ou bien trop extravertis…

Aucun n’est parfait. Pourtant, leurs caractères nous rappellent tant quelques connaissances que nous ne pouvons qu’exprimer beaucoup de compassion à leur égard – en dehors des nombreuses fois où l’on a envie d’asséner une claque pour une stupidité commise.

 

#5 Un point de vue omniscient réussi

Enfin, sûrement ce qui m’attire le plus chez Jane – et tous les auteurs qui en usent.

Pour se faire critique de son temps, Jane doit utiliser un point de vue omniscient qui permet au lecteur de prendre suffisamment de recul pour réfléchir à son tour. Pour moi, c’est toute la réussite d’un bon point de vue omniscient.

Jane n’écrit pas pour divertir ses lecteurs. Elle écrit pour enseigner – ce qui est, pour moi, tout l’intérêt de l’écriture.

 

Pour finir, je me permets de voir avec vous ce qu’il vaut mieux prendre avec des pincettes en lisant Jane – souvent, parce que le lectorat d’aujourd’hui ne l’accueille pas chaleureusement.

  • Les phrases longues. Aujourd’hui, tout auteur conseillera les phrases les plus concises. C’est quelque chose avec lequel j’ai bien du mal, car les phrases alambiquées font généralement partie de mon style…
  • Le second degré. Vos lecteurs  n’y sont pas suffisamment habitués et pourraient difficilement le relever. Aujourd’hui, on demande aux auteurs d’être clairs et francs, surtout si l’on ne veut pas vous méprendre sur tous ces débats houleux…
  • Un enchaînement plus lent. Le lecteur d’aujourd’hui demande de l’action, un début et une fin de chapitre qui doit le captiver jusqu’au bout. Il n’a pas le temps pour la description de sentiments comme s’y attelle Jane.

 

J’espère que cette nouvelle forme d’articles vous aura plu. Dites-moi en commentaires quels sont les auteurs qui influencent votre écriture !


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