5 erreurs à ne pas faire en réécriture

« Il n’y a qu’une âme purifiée qui comprendra l’odeur de la rose. »

Paul Claudel

Ceux qui me suivent sauront que je travaille en ce moment plus précisément sur la réécriture de mon roman. Des réécritures, j’en ai connu de multiples ces dernières années, me permettant de vous partager mon expérience acquise aujourd’hui.

Avec surprise, je remarque que les auteurs ont tendance à être plus friands à donner des conseils d’écriture, et beaucoup moins de conseils de réécriture. La raison pourrait être celle-ci : la réécriture est loin d’être aussi simple que le premier jet d’un roman. Une première étape est facile à franchir, mais garder le même cap dans une si longue durée est souvent décourageant. L’homme est fait ainsi : il veut passer à autre chose.

Peut-être est-ce également parce que nous ne nous y préparons pas vraiment – ou bien moins qu’à la première étape. Nous ne nous interrogeons pas suffisamment sur la portée de la réécriture, toute aussi importante que le premier jet.

Les erreurs que je liste ci-dessous ne sont pas là pour blâmer – car, alors, il faudrait me blâmer la première. C’est de ces erreurs que j’ai pu aujourd’hui dresser une meilleure organisation de ma réécriture et me lancer sans crainte de la lassitude ou du découragement. Ces erreurs seront peut-être les vôtres, et alors j’ose espérer que vous les écouterez. Car le but n’est pas de les éliminer, mais de les accepter pour apprendre et avancer.

Je vous conduis à la première erreur…

#1 Ne pas se préparer

Oui, j’y reviens. Je pense toujours que le découragement dans la réécriture a pour cause que nous ne nous préparons pas suffisamment à cette étape essentielle. Nous nous reposons sur notre précédente victoire, sans imaginer les déceptions que nous essuierons en relisant un texte si imparfait.

Le premier jet est toujours mauvais. Il faut se le dire.

La réécriture sera longue, dépendant de ce qui est à revoir. Ne vous surprenez pas dans l’idée que votre texte en nécessitera sûrement plusieurs, ou du moins que votre réécriture approfondie demandera davantage de votre attention que le premier jet. Personnellement, je sais qu’il me faut le triple du temps d’écriture du premier jet pour mes réécritures.

Il y a évidemment quelques solutions pour soigner son texte pendant le premier jet : j’aime particulièrement relire et corriger mon dernier chapitre avant d’en attaquer un autre. Ainsi, la charge de travail paraît allégée. Pourtant, cela ne dispense pas de la réécriture.

#2 Modifier son texte trop tôt

Je pense que nous l’avons tous fait, lors de nos premières fois. Réécrire, c’est comme une suite à l’écriture : il faut toucher au texte. C’est là que nous nous trompons.

Modifier, c’est savoir que l’on ne peut revenir en arrière.

Modifier trop tôt, c’est être entraîné par les incertitudes et la peur de commettre de trop grosses erreurs.

Tous vos choix de modification doivent être justifiés. Pour cela, il n’y a d’autre choix que de considérer préalablement ces modifications. Prenez un nouveau document ou un carnet, qu’importe. Prenez de quoi noter et lancer votre réflexion sur les changements que vous souhaitez opérer sur votre texte. Attendez d’être certains d’avoir saisi les conséquences de ce choix.

Il est également possible de mettre en valeur toutes les phrases et idées que vous jugez bon de reformuler, les passages inutiles à supprimer et les incohérences à corriger, en surlignant votre texte ou en l’annotant. Pour ce faire, préférez une copie de votre premier jet plutôt que le texte brut.

#3 Ne pas organiser son travail

Supprimer. Développer. Ajouter. Reformuler. Corriger. Les taches à accomplir lors d’une réécriture sont nombreuses et nécessitent une attention toute particulière. Une chose est sûre : difficile de se préoccuper de tout en même temps.

C’est l’idée d’échelonner son travail pour le rendre plus agréable, plus respirable. Voir chaque chose en son temps. Du plus urgent au plus petit détail.

Il n’y a pas vraiment de bonne manière pour échelonner votre travail – tout dépend de vos qualités d’écrivains et vos besoins de modification. C’est à vous de décider des changements mineurs et majeurs. Plus généralement, on préfère se focaliser d’abord sur le fond (le récit) puis la forme (le texte). Même avec un bon plan, il y aura toujours des choses à revoir sur le fond, bien que vous n’y passerez pas autant de temps qu’un écrivain qui se lance sans structure pour appui. Je passe, personnellement, plus de temps sur la correction de la forme davantage que du fond, qui ne nécessite que d’un développement des idées ou des détails – faute d’un imaginaire trop réservé. Le plan me permet d’éviter la correction des incohérences – certaines toutefois possibles, mineures.

#4 Être impatient

Parfois, on a envie d’aller plus vite que son travail. On lorgne les Maisons d’Edition qui ouvrent leurs dépôts de textes. On se lance, tant pis si la réécriture n’est pas finie.

Peut-être votre texte sera-t-il pris, dans ce cas félicitation. Mais aurez-vous la pleine satisfaction d’un travail achevé avec soin ?

La réécriture prend du temps, c’est un fait à accepter. Tout comme vous n’avez peut-être pas la maturité ou l’expérience nécessaire pour être publié, attendez le bon moment. Attendez la fin de votre roman.

#5 Ne pas prendre plaisir

Je termine sur ce point, car c’est bien là, selon moi, la plus grosse erreur que pourrait faire un écrivain. Certes, la réécriture est un passage obligé, même si l’envie n’y est pas forcément. Mais nous ne devrions pas nous l’imposer comme tel.

Prendre plaisir. Mais comment ? Réfléchissez bien : qu’est-ce qui fait donc tant le plaisir d’un lecteur ?

Oui, lisez. Pas n’importe quel texte – le vôtre. Lisez-le en vous rappelant ces fièvres d’écriture qui vous ont poussé au premier jet. Riez de vos bêtises, applaudissez vos belles phrases. Appropriez-vous de votre travail comme vous ne l’auriez jamais pu auparavant.

Cette nouvelle étape incluse dans la réécriture a été pour moi le meilleur moyen de conserver une certaine estime de mon travail. Je me souviens de la raison pour laquelle j’effectue cette réécriture : pour parfaire une œuvre qui m’est déjà chère.

Quelle est votre expérience de la réécriture ? Quelles ont été ou sont vos erreurs habituelles ? N’oubliez pas l’important, qui est de vous ménager et de ménager votre écriture pour la rendre les plus agréables.


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