Mélopées inentendues

Silence ! rugit une terre sans musique

Loin, le son des instruments, comme le ronron

Des voix insouciantes. Loin, l’émulation

Des choix heureux. S’installe une peine lyrique.


Silence… car, demain, il n’y a plus à dire

Le jour se lève, voilà que descend la nuit.

Sans un bruit, le grand monde plonge dans l’ennui

Tonne le souvenir disparu des rires


Ce monde sans visage étire les rides

De son expression. Ses émotions arides,

Echos des malheureux, mais que plus rien ne cueille.


Demoiselle oiseau, dans son sommeil éternel,

Fait sonner l’écho évasif de ses semelles.

De son insondable chant ruisselle le deuil.


Cela fait bout de temps que je ne vous ai pas partagé quelque création… Je profite donc de mon dernier devoir de cours en écriture d’invention pour vous donner la lecture de mon dernier poème – et de son interprétation !

Le sujet était celui-ci : composer un texte avec pour seule contrainte d’exploiter le thème « Un monde sans musique ».

Voici ci-dessous les justifications de mes choix pour ce poème.

Forme

Le choix de la forme me parut comme une évidence à l’énonciation du sujet du projet créatif, « un monde sans musique », la poésie étant le genre littéraire que l’on rattache souvent à la musique. Rimes, images, rythme, rien de mieux pour traduire l’impossible d’un monde sans musique !

Le sonnet : cette forme reconnue pour l’effet « cadre » qu’il donne me faisait penser à la « cage » que produirait, selon moi, un monde sans musique. La succession de deux quatrains puis de deux tercets permettent également l’évolution des idées vers une fin inéluctable (ici la mort au travers du « deuil »).

Progression

Comme dit plus haut, mon poème tente de suivre une progression, malgré une conclusion qui ne change pas. Les deux quatrains référencent avant tout le souvenir, de ce qui était avant « ce monde sans musique ». Les tercets, eux, font davantage écho aux conséquences de ce nouvel état.

Certains vers rappellent cette progression : « Le jour se lève, voilà que descend la nuit. » D’autres termes et expressions sont la preuve d’une transformation : « disparu », « que plus rien », « demain », « il n’y a plus », des « choix heureux » aux « échos des malheureux ».

Musique

Parlons justement de notre sujet principal. En plus de la transparence de la musicalité dans le rythme (noter la diérèse de « expression » vers 10) et les rimes, tant finales qu’internes, nous pouvons retrouver un topos lexical du son : « rugit », « le son des instruments », « le ronron des voix », « lyrique », « bruit », « tonne », « échos », « sonner » et « chant ».

C’est ce lexique paradoxal qui va participer au message de ce poème.

Paradoxe

Pour montrer l’impossible, le poème est parcouru de contradictions : la plus frappante, « ce monde sans visage étire les rides de son expression. » Comment la comprendre ? Un monde sans musique est un monde qui ne peut s’exprimer ; pourtant, celui-ci ne peut s’empêcher la grimace de sa souffrance.

On note aussi le paradoxe du souvenir disparu qui « tonne », d’une terre sans musique qui « rugit », les « émotions arides » et enfin « l’écho évasif » des semelles qui sonne.

Sans parler du titre « Mélopées inentendues » qui marque l’inanité de ces vers dans un monde sans musique, mais également le désordre que peut causer l’absence d’expression.

Conclusion que nous partage le poème : un monde ne saurait être sans musique.


Une réflexion sur “Mélopées inentendues

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