Devenir bêta-lecteur

En suite et conclusion à mon dernier article sur mes conseils pour choisir de bons bêta-lecteurs, je vous propose aujourd’hui de réfléchir sur la manière dont vous aussi pouvez participer à ce soutien majeur pour un auteur. Comme je l’avais soutenu, il n’existe pas de bons ou de moins bons bêta-lecteurs. Certes, tous n’ont pas le même niveau, et nous verrons ce point plus en profondeur. Mais tous, chacun que nous sommes, avons quelque chose à apporter au travail de l’écrivain.

Que vous soyez simple lecteur, lecteur féroce ou écrivain, je vous encourage à lire les lignes qui vont suivre – car il y a du bon à voir dans la bêta-lecture !

Quelques points à interroger

Tout d’abord, je pense qu’il est important de s’interroger sur les qualités que vous devriez développer dans l’optique de devenir un bon bêta-lecteur. Ces quelques questions ne sont pas exhaustives, mais reflètent ma propre expérience de la bêta-lecture.

Pensez-vous apprécier votre lecture ?

Pour ma part, c’est une question que je me posais rarement. Suis-je habitué au genre littéraire que je m’apprête à lire ? Est-ce que le résumé que m’en fait l’écrivain pique ma curiosité ? Si la réponse est négative, je vous déconseille fortement de proposer vos services. La raison en est simple : vous ne prendrez aucun plaisir à lire ce roman et vous ne pourrez proposer un avis suffisamment équilibré à l’auteur, qui n’y verra que votre dégoût pour son précieux ouvrage.

Il m’est arrivé, pour ma part, de recevoir des avis de ce genre – rien ne semblait convenir au lecteur. De même, il m’a souvent été difficile de porter un avis encourageant sur certaines de mes lectures, tout simplement parce que je n’étais pas en mesure de les apprécier pleinement.

Ecrivains, le dégoût d’un lecteur peut faire le plaisir d’un autre. Soyez sûrs d’entendre différents avis !

Aurez-vous le temps nécessaire ?

Très souvent, on me propose de lire mon roman, ce que j’accepte avec beaucoup de bonheur. Après tout, la réaction des premiers lecteurs est un moteur important à la suite de l’histoire. Pourtant, la plupart de ces lecteurs ne me donneront jamais leur opinion – car il n’auront jamais lu leur lecture réclamée.

Je vous épargne mes déceptions – simplement, comprenez que la bêta-lecture est un engagement. Si vous ne pouvez pas lire ce roman, n’acceptez pas pour le bon plaisir d’un écrivain, si bon ami fusse-t-il. Engagez-vous pleinement, ou n’y faites rien !

Saurez-vous rester humble ?

Le lecteur a un pouvoir hors pair sur l’écrivain – il est le seul juge de son travail, celui qui décidera de la sentence tant appréhendée.

Je vais vous faire une honteuse confession : je pense avoir été difficile et particulièrement décourageante dans beaucoup de mes bêta-lectures. Cela vient aussi du fait que je suis moi-même auteure, avec une expérience beaucoup plus affirmée que la plupart des auteurs timides qui viennent toquer à ma porte.

La vérité est que l’on comprend souvent très mal le travail d’un écrivain. Parce qu’il peut présenter quelques maladresses, ont tend à interpréter certaines choses qui ne sont pas. Ces maladresses, elles n’épargnent pas même les plus grands auteurs – c’est l’imperfection du premier jet.

De même qu’un auteur devrait toujours garder une chose en tête : c’est lui, et non pas le plus fier lecteur, qui détient le dernier mot. Tout ce que vous conseillerez à l’écrivain, ce dernier ne le prendra pas forcément – il faudra vous y attendre. Demeurez donc humbles et tâchez d’aider de votre mieux votre quémandeur plutôt que de tenter de faire tout le travail à sa place !

Différentes échelles de lectures

Nous y venons. Comme dit en introduction, nous n’avons pas tous la même expérience ni la même connaissance de la littérature.

Une chose est sûre : tout le monde a déjà lu un livre dans sa vie. Certains auront apprécié particulièrement cette expérience et se seront jetés dans le monde de la lecture à bras ouverts. Tant mieux. Mais tant mieux également à ceux qui préfèrent d’autres forment de divertissement ! On oublie souvent que le théâtre et le cinéma répondent aussi au besoin d’entendre des histoires.

Ainsi donc, tout le monde a déjà pu expérimenter et écouter des histoires. Vous êtes tous en mesure de porter un avis sur ce que vous lisez, écoutez ou regardez.

Les échelles de lectures sont en grand nombre et dépendent de chaque lecteur. On pourrait aussi parler de « lecture personnelle ». Peut-être pourrez-vous observer le déroulement d’une histoire et préciser à l’auteur ce qui vous aura plu, ou au contraire, déplu. Ou peut-être vous connaissez-vous en matière d’intrigue et d’évolution des personnages, et que vous saurez prêter à l’auteur ce savoir technique qui est celui du dramaturge. Plus encore, vous pensez peu au déroulement narratif et préférez le travail sur la langue : l’auteur aura besoin de savoir si son style est apprécié.

En bref, tous les lecteurs et tous les types de lectures sont permis ! Je dirais même qu’ils sont chacun, à leur échelle, essentiels. Tout ce que vous saurez – même dans d’autres domaines que celui de la littérature – peut venir nourrir le travail de l’écrivain ! Ne vous considérez donc pas comme trop pauvres pour soutenir son projet si le cœur vous en dit.

Ce que la bêta-lecture vous apportera

Car, oui ! La bêta-lecture vous rapportera autant qu’elle m’aura apporté. Ce fait est plus évident chez les auteurs bêta-lecteurs, mais je suis certaine que de simples lecteurs peuvent en bénéficier tout autant.

Tout d’abord, la bêta-lecture est un bon moyen de cultiver votre esprit critique – tout simplement parce qu’il s’agit là de critiquer. Pour le lecteur, cela vous permettra de vous interroger un peu plus sur le fonctionnement d’une intrigue et les résultats à parvenir pour vous satisfaire. Pour l’auteur, la bêta-lecture offre un nouvel angle sur l’écriture, non plus sur notre propre démarche, mais sur celle des autres. Etudier ce qui freine l’écriture d’un écrivain permet de considérer nos propres erreurs et mauvaises habitudes.

Pour ma part, je pense que c’est cet exercice qui m’a appris à prendre le recul nécessaire dans l’écriture et ‘ainsi perfectionner mon art. Le mentor que je cherchais désespérément n’était autre que la bêta-lecture.

Chers auteurs, je vous encourage donc : prenez du temps non plus pour écrire, mais pour étudier les œuvres de vos pairs. Certains ne seront sûrement pas d’accord avec cette affirmation, mais écrire régulièrement ne suffit pas. Il faut également affiner sa réflexion sur le fonctionnement de l’écriture – pour ce faire, il n’y a pas d’autre moyen que de prendre parfois la pause pour poursuivre nos grandes problématiques !

Je me suis davantage améliorée sur ces deux dernières années – période durant laquelle je n’ai quasiment pas écrit – au travers de toutes mes lectures et bêta-lectures !

Utiliser des outils

Un bêta-lecteur efficace se doit d’utiliser certains outils – bien qu’il soit tout à fait possible de livrer son avis sur une simple lecture !

Je vous avais déjà partagé un article sur le fonctionnement de Word, très pratique notamment pour le passage à la relecture/réécriture. De même, je conseille à tout bêta-lecteur de ne pas manquer à cette facilité.

Voici donc quelques aides indispensables :

  • La possibilité du surlignage avec un code couleur respectif à chaque amélioration proposée à l’auteur (par exemple, une couleur pour les phrases bancales, une autre pour un problème de syntaxe ou la note de répétitions et emplois trop fréquents…)
  • Les annotations (ou « commentaires ») pour cibler vos remarques sur un passage, un détail, etc.
  • Le volet de navigation pour vous y retrouver ; notamment si vous ne vous rappelez plus des détails que l’auteur aurait partagé quelques chapitres auparavant.

Si vous ne disposez pas de Word, il est également possible d’utiliser google docs. Pour ce faire, rien de plus simple : l’auteur doit vous envoyer son document en lien partagé. Les possibilités de modification sont quasiment les mêmes que sur Word et vous trouverez également une table des matières pour vous permettre de circuler plus facilement dans le roman. Cela vous évite également de devoir télécharger le document pour y travailler. L’enregistrement se fait sur internet et l’auteur est notifié à chacune de vos annotations.

Enfin, il arrive que l’écran soit un frein à la bêta-lecture… moi la première ! Si l’on ne peut utiliser tous les outils d’annotation et de surlignage d’un texte, nous pouvons toutefois lire le texte en tout confort et prendre en notes nos remarques – un peu comme la bonne vieille école, mais sur le principe de l’expérience plus agréable. J’apprécie particulièrement l’usage d’une liseuse sur lequel je peux télécharger tous mes documents – c’est d’ailleurs l’outil que j’utilise pour me replonger dans mon roman avant d’attaquer sa réécriture, comme vu ici. Assurez-vous toutefois de recevoir l’autorisation de l’auteur avant de télécharger son roman !

Un peu plus long que la plupart de mes articles, j’ose espérer qu’il ne vous aura pas trop ennuyé, mais plutôt réconforté dans l’aide que vous pourrez toujours apporter à un écrivain. J’ai en tout cas pris beaucoup de plaisir à vous partager mes expériences de la bêta-lecture dans ces deux derniers articles et n’hésiterai pas à compléter ce large sujet dans l’avenir. N’hésitez pas à laisser vos questions et remarques en commentaires – c’est avec joie que j’y répondrais !


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