7 préjugés sur l’écriture

Comme prévenu sur les réseaux sociaux, j’annonce le passage des publications hebdomadaires à seulement deux par mois – je vous rassure, pour un temps – pour me permettre de me préoccuper d’abord de mes études qu’une réorientation est complètement venue bouleverser. J’espère que cela ne découragera pas vos visites sur ce blog…

Des phrases maladroites, on m’en a tellement jeté à la figure que j’ai décidé de les prendre avec beaucoup d’humour. Aujourd’hui, ce sont ces fameux préjugés ou drôles de points de vue que je décide de vous partager, pour vous rendre compte de certaines bêtises qui peuvent être dites à un écrivain, ou tout simplement vous amuser.

#1 – « As-tu déjà fini un roman ? « 

Cette question n’est pas vraiment une bêtise en soi – simplement, elle a de quoi faire tiquer un écrivain ! En effet, que veut dire l’interlocuteur par « finir un roman » ? Considère-t-il la fin d’un premier jet fini ou a-t-il bien conscience de toutes les réécritures que nécessite un ouvrage ? Plus encore : un roman est-il jamais fini ? Rappelons que même après publication, un éditeur peut charger un écrivain de modifier son texte sous la pression de certaines critiques, sans compter que l’écrivain lui-même peut décider de retravailler son roman si son contrat auprès d’une Maison d’Edition a été rompu.

Comprenez l’embarras de l’écrivain qui ne saura donc pas forcément quoi vous répondre

#2 – « C’est quand qu’on peut acheter ton livre ? »

Imaginez un peu l’effet de cette phrase sur un écrivain – quelle pression ! Encore une fois, cette bêtise donne l’impression que l’interlocuteur n’a pas vraiment idée de la difficulté de l’écriture. Ce n’est pas parce qu’on écrit, encore moins parce que l’on a « terminé » son roman que celui-ci sera publié ! En France, du fait de la demande constamment en hausse de publications, rares sont les écrivains – du nombre global – à se faire éditer.

Ce n’est donc pas que nous ne sommes pas prêts à proposer nos œuvres à un éditeur – c’est que cela ne dépend vraiment pas de nous.

Certes, vous me direz : il y a l’Auto-édition ! Pour ma part, je m’y refuse toujours avec véhémence, du fait de tous les défauts que j’ai pu remarquer à ce système (téléchargements illégaux, impressions défaillantes, manque de compétence dans d’autres domaines que l’écriture…) Ce n’est donc pas tout de suite que vous pourrez acheter – et donc trouver en librairie – mon roman…

#3 – « J’ai beaucoup entendu parler de toi, la fameuse écrivaine »

Cette phrase me fait particulièrement sourire. Souvent, elle a été dite après une approche très intimidée, comme s’il ne fallait surtout pas fâcher l’autorité que j’étais.

Je ne savais pas que l’écriture relève d’un savoir interdit…

Surtout en France, l’écriture a tendance a être « sacralisé« . Nous sommes fiers de notre littérature et de nos grands auteurs traduits dans le monde entier. C’est aussi pourquoi tant de français tentent l’aventure de l’écriture, dans l’espoir de s’y découvrir un don et d’ainsi être reconnu pour quelque chose.

L’écriture n’est pourtant pas plus différent que n’importe quel autre métier. On le classe même – trop souvent – moins essentiel que tout autre métier ! A quand donc pourra-t-on considérer cette activité sur un même pied d’égalité ?

#4 – « C’est cool d’écrire. Et tu veux faire quoi plus tard ? »

Cette remarque suit la précédente : on y retrouve le même souci d’une activité non considérée à sa juste valeur.

Dans la pensée commune, l’écriture ne peut être une profession. Une passion, certes ! Comme tout art, pourrait-on dire – quoique les métiers du spectacles, par exemples, sont plus reconnus que ceux du monde de la littérature…

C’est le propos le plus offensant qu’un écrivain bien accroché à son vœu de vivre par la plume peut recevoir. Croyez-moi, c’est particulièrement dévastant.

#5 – « Attends, t’écris ? Mais trop bien ! Je peux être ton premier lecteur si tu le veux »

De cela, j’en ai parlé dans plusieurs de mes articles déjà – voir notamment celui sur comment prendre soin d’un écrivain et comment devenir un bêta-lecteur.

Mais il n’y a rien de plus décevant que la proposition de lire ton précieux manuscrit, puis de le voir négligé par le non-intérêt évident du quémandeur. Ce dernier n’a peut-être pas eu le temps d’y jeter un oeil, me diriez-vous – mais pourquoi se donner la peine de proposer ce service, dans ce cas ?

Ne tentez pas de faire plaisir à un écrivain en montrant votre intérêt si celui-ci n’est pas – ou tout simplement, s’il n’est pas suffisant.

#6 – « C’est pratique de t’avoir rencontré, j’ai justement commencé un roman de SFF… »

Ah, l’horreur ! Et, alors, il est généralement difficile à l’écrivain de se déroger à cette demande d’accompagnement pour un livre qui, il le sait, ne trouvera jamais de fin…

Ce n’est pas parce que vous avez imaginé un univers ou que vous venez d’en rédiger les premières lignes que vous apprécierez pleinement l’écriture – que vous finirez bien certainement par abandonner. De plus, un écrivain ne pourra pas vraiment vous aider sur un simple début de roman, où il n’a aucun aperçu de l’intrigue que vous cherchez à construire. Si vous souhaitez soumettre votre roman à un écrivain, soyez sûr avant tout de le finir ! Ne lui donnez pas la peine de ne savoir quoi juger de votre travail…

#7 – « Tout le monde peut écrire, à commencer par moi ! »

Là est un sujet que j’avais esquissé dans mon avis sur l’auto-édition et qui rejoint au problème du précédent propos – qui n’en est autre que la conséquence, à vrai dire…

Une mode tourne selon laquelle chaque être humain devrait être le seul à pouvoir se définir lui-même. Je partage de très loin – pour ne pas dire du tout – ces valeurs qui peuvent mener à des graves conséquences, comme le reniement d’autres précieuses qualités que l’on peut nous reconnaître et l’idéal vu dans un domaine qui ne nous correspond en rien.

Je le répète : nombreux sont les français à vouloir prendre la plume. Très peu, malheureusement, sauront vraiment en faire leur activité.

Je ne dis pas qu’il est vain de tenter quoi que ce soit. Peut-être même que l’écriture peut vous rester quelque chose de très personnel, comme une catharsis. Toutefois, rappelez-vous que nous ne sommes pas tous des écrivains – et encore heureux ! Si vous ne parvenez pas dans l’écriture, cela ne signifie pas non plus que votre valeur en est touchée – c’est plutôt que d’autres dons attendent d’être découverts.

C’est tout pour aujourd’hui. J’espère que cet article un peu atypique vous aura plu et aura su affiner un peu votre esprit critique au sujet de l’écriture, qui est loin d’être une activité aussi simple et plaisante que tout le monde veut se l’imaginer.


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