L’écrivain est-il un lecteur compulsif ?

Je vais vous le dire franchement : mon rapport à la lecture a toujours été assez ambigu. Contrairement à l’écriture, je n’en ressens pas le moindre besoin – il m’est d’ailleurs arrivé des sècheresses assez longues où l’envie ne me touchait plus. Enlevez-moi la lecture et je n’en souffrirais que trop peu ! Pour autant, je ne peux nier une chose : c’est l’attirance de l’enfant que j’étais pour les histoires contées le soir qui m’a conduit à l’écriture.

Aujourd’hui, je pense avoir trouvé un plutôt bon rythme de lecture – à raison d’un bouquin d’une à deux semaines – qui n’est pas pour autant à égaler celui de nombreux de mes amis, capables de consommer jusqu’à un livre chaque jour… Ce rythme trouvé est tempéré par une condition : l’obligation de certains de mes cours. Mais aussi, c’est pour satisfaire la curiosité intellectuelle qui caractérise mon âge que je lis.

Honnêtement, je lis très peu de lectures contemporaines… Je préfère me confronter à la littérature classique pour interroger justement ce qui a fait la renommée de ces ouvrages.

Mais tout cela n’est que mon expérience ! Quelle est donc celle d’autres écrivains, plus ou moins reconnus ? Un écrivain doit-il forcément être un lecteur (compulsif) ?

C’est sur les pas de cette enquête que je veux aujourd’hui vous mener.

Le goût pour la lecture transcende-t-il celui pour l’écriture ?

Les vrais grands écrivains sont ceux dont la pensée occupe tous les recoins de leur style.

V. Hugo

La première question que je me suis longtemps posée était le rapport même de la lecture avec l’écriture. En somme, qu’est-ce qui compte le plus ?

Sur les plateformes d’écriture et les réseaux, voici ce que l’on trouve souvent en description : « Lectrice/lecteur assoiffé(e), je me lance dans l’écriture » ou « amateur écrivain inspiré par la lecture ». Ce que l’on peut conclure : la lecture est généralement la source qui va pousser à l’envie de l’écriture.

Sans vouloir porter préjudice, j’ai remarqué que ces mêmes profils étaient souvent les premiers à abandonner l’écriture ou ne pas tant à la prendre au sérieux. Souvent, par cette excuse : la lecture étant bien plus important dans leur vie, il ne reste plus beaucoup de place à l’écriture…

Si j’ai été poussée à l’écriture par tous ces récits dont ont m’a bercée, j’ai toujours eu une préférence pour l’écriture – jusqu’à négliger pendant une longue période de mon adolescence la lecture au profit de l’écriture. Je ne dis pas que les premiers lecteurs sont de mauvais écrivains – non, certains sont même très bons, mais ne veulent pas tant s’y consacrer ! Seulement, je pense que le rapport de l’écriture à la lecture est plus complexe qu’on le laisse soupçonner. A la fois, la lecture est un puissant soutien pour l’écrivain, comme il peut être un frein au vrai développement de cette activité.

Alors, que faire ? Le juste équilibre est-il possible ?

Mon opinion est sûrement très pragmatique, mais je veux rappeler une chose : un écrivain est avant tout celui qui écrit. La lecture, bien qu’essentielle à son activité, ne doit pas l’égaler.

Une histoire de temps

If you don’t have time to read, you don’t have the time (or the tools) to write.

Stephen King

Pour certains écrivains, la lecture est un essentiel à l’écrivain qui ne peut la négliger s’il veut se considérer comme tel. Qui ne connaît donc pas cette fameuse citation qui fait régulièrement le tour des réseaux ?

L’idée, plutôt, est de se dire que l’écriture nécessite beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps… Ainsi, si l’écriture reste – comme la lecture – une passion, cela n’ira pas bien loin. De même, la lecture est un fabuleux outil pour l’écrivain, un mentor comme j’aime souvent le dire depuis que je me suis rendue compte de cette réalité.

Il faut lire, comme il faut écrire, par devoir et non par simple divertissement. Cela fait partie du travail de l’écrivain, qui est de peaufiner son art et son esprit. Pour autant, la lecture ne doit pas être privilégiée à l’écriture, ni ne doit être une préoccupation première.

Ouvrir ses horizons

A fondness for reading, which, properly directed, must be an education in itself.

Jane Austen

Comme dit plus haut, si je lis tant de classiques, c’est pour assouvir le besoin de « cultiver mon jardin » et ainsi affiner mon esprit critique. La lecture – c’est bien connu – est un type de voyage qui ne nécessite que peu d’efforts et de moyens ! C’est donc que nous devrions pouvoir en profiter pleinement, pour découvrir et apprendre.

L’erreur serait de ne se fixer qu’à un seul type de genre ou de littérature. Si, dans ma jeunesse, j’avais un goût prononcé pour la littérature de l’imaginaire, je prends à présent beaucoup de plaisir à me laisser surprendre par mes lectures, sans m’interroger sur le genre auquel ils se rattachent. De même, je m’efforce de temps en temps à retrouver les rayons d’une librairie et acquérir quelques œuvres contemporaines dans le but de me faire une idée de ce qui est en vogue et se lit facilement. Bon… il m’en faut beaucoup pour qu’une telle lecture contemporaine m’attire – mais cela est possible !

Les livres sont l’éducation de l’écrivain, tout autant que de lecteurs lambdas.

Phases

[…] on est devenu un lecteur moyen. Moins on sait lire, plus durement on juge. On ne sait plus entrer dans un livre. […] En fait, on est devenu un lecteur qui a mal vieilli.

Dany Lafferière

Une pensée que je trouve intéressante se trouve dans le recueil de cet auteur, notamment à la pensée 67, sur « un puissant lecteur ». Dany nous y apporte son expérience de la lecture, au fil du temps et du développement de son activité d’écrivain. En résumé, Dany a beaucoup été préoccupé par la lecture durant son adolescence, dévorant – comme moi – les classiques de la littérature pour s’en imprégner et avoir des « lectures sérieuses » en poche. Toutefois, alors que les années passent, le goût pour la lecture fane – Dany ne lit plus que les derniers titres énoncés par les journaux, le sérieux est oublié.

Pour ma part, je réagis également beaucoup à cette idée de « phases » d’écriture et de lecture. Je vous ai déjà partagé il y a un an dans cet article C’est l’heure du thé #6 mon expérience d’un pénible blocage dans l’écriture et de la révélation de ce que m’apportait finalement la lecture. Suite à quoi, j’avais abandonné toute idée de forcer l’écriture et de saisir ce temps pour me ressourcer de toutes ces lectures qui m’attendaient – ha ! moi qui était si piètre lectrice !

Eh, bien, en toute honnête, cette phase de lecture intensive a été pour moi l’opportunité d’éplucher le style de grands auteurs (Victor Hugo, Dumas, L.M Montgomery, Boris Vian et bien d’autres) et de perfectionner le mien, sans même avoir recourt à l’écriture !

Depuis, je connais différentes phases : celles où je me préoccupe davantage de l’écriture et celles où, harassée de fatigue et ralentie dans mon écriture, j’ai besoin de me ressourcer auprès de lectures.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le conflit – ou l’affinité – de la lecture avec l’écriture. Pour approfondir le sujet, vous pouvez également faire un tour sur mon article écrit au sujet du lecteur écrivain lui-même et des conseils que je donne pour une lecture pertinente à l’activité de l’écriture.

Quelle est votre propre expérience de la lecture en tant qu’écrivain ? Quelle importance y accordez-vous ? Passez donc en commentaire !


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