Un écrivain doit-il se former ?

Je suis pleine de joie face au développement de formations d’écriture pour les écrivains en France, une considération depuis longuement mise en place dans les pays anglophones et qui a tardé en ce pays. Pourtant, cela me remplie également d’appréhension : quel est le réel besoin de ces formations ? Qu’est-ce qui a bien pu pousser la société française à décider d’un tel développement aujourd’hui ? Je ne crois pas, personnellement, que la recherche du confort des auteurs y soit pour quelque chose…

Aujourd’hui, sur les réseaux, des propositions de master classes d’écriture et formation coaching se font de plus en plus abondantes. Souvent, cela permet aux écrivains un double salaire pour ne pas reposer entièrement sur la plume – une bonne stratégie en soit, mais quelle est sa valeur lorsque tout écrivain se met à la reproduire ? Les contenus de blogs, podcasts et youtubeurs deviennent pour beaucoup payants et servent à la rémunération des auteurs, plutôt qu’à un simple passe-temps. De partout, on nous presse : il nous faut se former. Cependant, peut-on dire la formation indispensable à l’écrivain ? C’est oublier nos aînés qui, bien souvent, ne pouvaient trouver la moindre source de soutien dans leur travail ! Peut-on négliger pour autant toutes ces œuvres classiques qui font la richesse de nos bibliothèques, parce qu’elle n’auront pas la garantie d’un écrivain formé comme ceux d’aujourd’hui ? On peut rappeler d’autres moyens, comme les groupes d’écriture – l’exemple le plus connu étant celui des Inklings, formé entre-autres de C.S Lewis, de Tolkien et de divers autres auteurs et historiens – qui sont apparus comme une toute aussi bonne alternative aux formations plus complètes d’écriture.

Je vous propose donc de creuser un peu plus ce sujet avec moi, vous exposant certaines de mes idées et impressions.

L’écriture, secret de l’art ou technique à portée de tous ?

Tout d’abord, on ne peut négliger selon moi ce grand débat de l’écriture.

Comme je l’avais touché dans différents articles, j’ai remarqué dans notre société moderne un certain effet de mode qui vise à ce que l’individu soit le seul en droit et capacité à s’auto-définir – une vision que je ne partage nullement. Les conséquences sont désastreuses : on fait croire à l’impossible et investit dans des rêves qui ne nous correspondent finalement pas ! Nous cherchons en nous-mêmes un meilleur tout en ignorant nos belles qualités et capacités qui ne se développeront finalement jamais ! Alors, lorsque nous comprenons que ce que nous cherchons est hors de notre portée, c’est le fond ; une désestime totale de la personne que nous sommes.

Ce fait, je le remarque déjà dans le monde des étudiants. En France, tout est permit ; les portes des universités accueillent en grand nombre et de tous horizons pour donner toutes les chances. Cela a de bons points, évidemment, et a permis des réorientations nécessaires pour certaines personnes. Pour d’autres, qui ont été poussés dans une direction idéalisée et rêvée (souvent par les proches, qui ne peuvent accepter que l’individu en question ne puisse être le plus intellectuel de la famille, avec son sens de la pratique pourtant si extraordinaire !), c’est l’échec scolaire et la démoralisation. Pour tout vous dire, j’ai été assez surprise de constater que plus de la moitié des effectifs en licence de Lettres modernes étaient issus de bacs pros et technologiques… qui arrivaient sans avoir le niveau nécessaire en langue. Voilà quel a été le résultat : des professeurs tiraillés entre des élèves trop en besoin d’un rattrapage et d’autres en besoin d’un cours plus approfondi. Je vous donne un avant goût de la suite de cet article : déçue par cette licence qui ne faisait qu’effleurer ce que l’on m’avait déjà enseigné, j’ai quitté les Lettres modernes.

Pour l’écriture, cela n’est pas bien différent : « vous pouvez écrire ! » s’enthousiasme les réseaux, appelant le monde entier à partager ce don si commun et banalisé. Alors, on se jette avec frénésie dans ce même rêve de gloire – car, en France, la littérature a toujours évoqué une certaine élite – en pensant devenir le prochain grand auteur. Saviez-vous que la France est l’un des pays qui compte le plus d’écrivains ? Ah, détrompez-vous ! Peu parviennent à la publication en Maison d’Editions, qui croulent sous les demandes. La plupart conserveront leurs textes avec regret ; d’autres se jetteront dans le possible de l’auto-édition, un moyen de masse.

Si l’on demande et propose aujourd’hui des formations dans l’écriture, c’est parce qu’il y a un certain besoin de réhabiliter cette activité.

Une formation, un diplôme

Ces masters d’écriture créative que proposent de plus en plus d’écoles en France n’ont d’autre objet que celui de livrer un diplôme à la fin de cette formation.

Ne m’y connaissant pas plus que ce que j’ai pu entendre de différents témoignages, je vous encourage à visionner cette vidéo d’Elodie Lauret sur cette formation qu’elle a suivi. Je crois n’avoir entendu que du bon de ce master, ce qui prouve de son utilité pour ceux l’ayant déjà expérimenté.

Pour autant, des auteurs français parviennent à vivre de leur plume, et ce, sans avoir suivi une telle formation ! Je vous encourage donc à voir ce témoignage de Samantha Bailly sur le parcours de ses études.

Mais pourquoi donc y a-t-il une telle urgence en France à s’interroger sur les études à suivre et les formations essentielles à nos projets ? C’est parce que la société fonctionne d’une bien déconcertante manière : sans juger de vos qualités mêmes, l’on ne vous considère que pour le diplôme que vous êtes parvenus à retirer.

Vous n’êtes pas sans savoir la complexité du métier de l’écrivain aujourd’hui en France, loin d’être reconnu. C’est cette reconnaissance des droits, comme pour tout citoyen français, que réclament pourtant les écrivains qui cherchent à vivre de leur plume. Pour cela, hélas, qu’un moyen : celui de marcher avec cette société. Les formations, qui délivrent notamment un diplôme – et donc crédibilise l’activité dans laquelle vous souhaitez vous lancer – deviennent alors nécessaires aux yeux de certains.

Pour un approfondissement du sujet de la condition des auteurs, je vous encourage à voir les différentes vidéos de Samantha Bailly (ex, Auteur, un métier ? Quel régime social pour l’auteur ?) et le site de la Ligue des auteurs professionnels qui investit pour la protection des droits des auteurs.

Quelles études, pour un écrivain ?

De ce fait, on peut se demander quelles études sont possibles à l’écrivain, un métier encore si peu reconnu par la société. En dehors de ces masters d’écriture créative, c’est qu’il n’y a pas de voie de formation pour l’écrivain !

Alors, que faire ? Arrêter net toute poursuite des études ? Se sustenter d’autres licences proches de se que l’on cherche à réaliser ?

La première licence vers laquelle se dirige un écrivain est sans aucun doute celle de Lettres modernes – je n’en fais pas exception. Et cela, je dois dire, a ses raisons : cette licence est formidable pour apprendre à construire de bonnes rédactions et à maîtriser la langue française. Qui plus est, quoi de mieux que de picorer sur la littérature passée pour interroger son propre travail ? Non, je le dis franchement : cette licence est une belle voie pour un écrivain en herbe et qui a la ferme volonté d’aller plus loin. Sans compter que la plupart des universités proposent – au moins pour la première année – des cours d’écriture. Je dirais que la clef de cette licence est de développer son esprit critique, un atout de taille pour l’écrivain.

Ce n’est cependant là pas la seule formation intéressante pour l’écrivain, car savoir écrire ne suffit pas à ce métier : on en oublie souvent la relation avec les métiers du livres. Se former dans le monde de l’Edition pourrait se prouver une richesse pour l’écrivain qui découvrirait alors la chaîne du livre et la légalité qui régit ce monde. Ce ne sont alors plus des licences, mais des formations plus directes et professionnelles – tels des BTS – qui s’appuient avant tout sur la notion pratique du commerce du livre. Oui, cela nous éloigne bien de tout le romantisme de la figure de l’écrivain… et pourtant celui-ci doit être prêt à se confronter à des réalités bien sombres, qui sont la défense de ses droits par rapport au monde du livre qui se capitalise – production en masse, marché économique, j’en passe…

En somme, il n’y a pas de bonne « voie » pour l’écrivain, ni pour tout autre métier aurais-je envie de dire. Tout dépend des envies et capacités de l’écrivain en question ; voir s’il veut se contenter, comme avec une licence de Lettres modernes, d’un travail approfondi de la langue, ou s’il désire s’ouvrir plus largement sur des voies complémentaires.

Je vous en prie, chers futurs écrivains en formation : ne considérez pas le diplôme comme immuable. Tout est utile à l’écriture – je ne le répéterais jamais assez – et la diversité que nous propose aujourd’hui le régime des études doit pouvoir être un atout. Réfléchissez bien à ce que vous pensez important à votre activité et ce que vous pensez pouvoir être utile à son soutien.

Mon parcours

Peut-être quelques curieux voudront-ils connaître un peu mon piètre parcours… Je me livre donc à eux – tout en gardant en tête que je ne suis encore qu’au tout début de ce conséquent parcours.

Il faut avant tout savoir que j’ai exprimé dès le lycée un désir de me former dans la littérature : je suis ainsi une des dernières titulaires du bac L avec mention très bien – sans vouloir me vanter, car cela aura de l’importance sur la suite. Choisir la suite de mes études avait été particulièrement difficile, car je suis de nature curieuse et débrouillarde. Autrement dit, pas évident de concrétiser un projet qui ne pouvait trouver une voie unique ! Les choix se profilaient à l’infini, tous plus tentants les uns les autres. Finalement, il m’a fallut choisir : je n’ai exprimé que deux choix, par défi – une place en licence de Lettres modernes, comme je l’ai dit, et une en licence d’anglais, ma seconde langue. Lorsque les deux réponses me sont parvenues tout aussi positives, j’ai préféré rester sur la littérature, pensant que cela me serait bien plus utile pour l’activité professionnelle que je souhaitais développer.

Pour tout vous dire, je n’ai pensé qu’un semestre dans cette licence… dès que l’on m’a proposé la possibilité d’une réorientation, je n’ai pas hésité ! Mais pour cela, il va me falloir développer mes raisons ; ce n’était pas que mes professeurs étaient incompétents, au contraire.

Voilà ce que j’ai pu tirer de cette expérience : je suis la personne la plus littéraire que je connaisse. Tous mes professeurs le chantaient en accord ! Mais que dire de toutes ces notes trop faciles, de ces professeurs qui ne savaient quelles connaissances m’apporter de plus ? Les qualités que cette licence vise à développer m’étaient déjà acquises, d’une certaine manière. Je ne me sentais pas à ma place auprès de camarades moins compétents que moi et m’ennuyais à mourir lors de mes cours… Bref, cette formation n’avait visiblement rien à m’apporter qui puisse me faire avancer. J’ai alors considérer ma deuxième option.

Après mes premiers mois en licence LLCER anglais (Littérature, Langue et Civilisation étrangère ou régionale), je peux dire que cette formation correspond bien plus aux besoins de l’écrivaine que je suis. Non seulement, mes cours ne tournent plus seulement autour de la littérature, mais m’offrent une ouverture favorable à mon approche du monde – même si, ici, plus spécialement anglophone. J’y étudie autant la littérature que la linguistique – un atout que j’étais loin d’imaginer ! Ces cours me montrent l’importance d’une bonne connaissance de la langue, tant en français qu’en anglais, et approfondissent ma maîtrise de ces deux langues. Si jusqu’à présent, je n’avais pas de quoi affiner ma « logique » linguistique face à la pertinence des choix de mots et syntaxiques, j’ai aujourd’hui les outils nécessaires. Sans compter que la personne que je suis se nourrit particulièrement de la culture et de l’Histoire pour écrire… Ne pas suivre de tels cours en Lettres modernes m’était impensable.

Comme quoi, il faut de tout pour un monde. Ma personne, appuyée de ce caractère bilingue de naissance, avait besoin de confronter ces deux mondes linguistiques pour développer son art.

Conclusion

Loin de moi était l’idée de malmener tous ces formidables écrivains qui proposent leurs services dans le coaching, ni de déraisonner tous ces écrivains en herbes enclins à suivre de telles formations. J’ai au contraire la ferme conviction que cela peut convenir et apporter à certains.

Pour ma part, je n’en ressens pas le moindre besoin – pas après toutes ces années à m’avoir refusé cette précieuse aide. Cela fait plus de sept ans que je développer de manière concrète cette activité qui m’est si chère et tout ce que j’ai appris n’a été le fruit que de découvertes personnelles, bien que parfois appuyées du témoignage d’autres auteurs. Si je tiens ce blog, c’est également parce que j’ai la ferme conviction que tout ce chemin parcourut peut résonner en d’autres cœurs et peut-être les inspirer à leur tour…

Les cours d’écriture que j’ai pu suivre en Lettres modernes ne m’apportaient rien non plus, et c’est pourquoi je ne considère qu’avec peu d’enthousiasme à une certaine poursuite en master d’Ecritures créatives. Si je venais à accomplir telle formation, ce serait davantage pour le plaisir de partager et d’écouter l’expérience de mes camarades d’écriture – le diplôme ne m’intéresse en rien. Je ne ressens pas le même besoin que certains de « crédibiliser » mon activité, que ce soit auprès des Maisons d’Edition qu’auprès de mon potentiel lectorat. Je préférerais, au contraire, être considérée pour la matière que je suis capable de fournir.

En dernier mot : ma réponse à la question en titre de cet article est simple – non, l’écrivain ne nécessite pas d’une formation pour devenir tel ou valoriser son travail. Les formations doivent pouvoir demeurer un soutien, non une pression, encore moins une obligation.

Ce fut un bien long article, difficile à condenser en quelques mots… Si vous souhaitez que je développe certains de ces points, je le ferais volontiers. De même, n’hésitez pas à réagir en commentaires pour partager votre avis ! Comment considérez-vous ces formations autour de l’écriture ? Y avez-vous déjà participé ? Si oui, en quoi cela vous a-t-il enrichi ?


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