Le premier jet – Ma méthode

Le premier jet est généralement l’étape que les écrivains considèrent le moins « technique ». Il n’y a qu’un appel : celui d’écrire. Certes, à cela peut se précéder une plus ou moins longue préparation, l’élaboration de tout un plan, une stratégie, pour attaquer la fameuse première rédaction qui vous fait frémir d’excitation et d’appréhension.

En toute honnêteté, je ne réfléchissais pas vraiment à la manière d’entamer un premier jet en toute efficacité : je me lançais, voilà tout. Pourtant, après toutes ces différentes méthodes de réécritures qui ont occupé mon esprit ces derniers mois, je me pose finalement la question suivante : n’aurais-je donc pas une certaine « méthode » également pour le premier jet ? Et voilà : je suis en pleine rédaction du premier jet du tome 2 de ma trilogie (voir L’Héritage d’un monde). Alors, toujours avec cette énigme en tête, j’ai tâché d’observer un peu plus mon tracé.

S’est révélé bel et bien une « méthode », des étapes et chemins que je prenais bien inconsciemment. Ces étapes, loin d’être aussi évidentes et « techniques » que pour mes réécritures, je vous les partage tout de même aujourd’hui.

#1 – Le carnet

Tout commence par un carnet et, avec, la recherche des idées. Cet instrument – même si, à l’époque, il prenait plutôt la forme de feuilles volantes – je ne saurais m’en séparer, et ce, même durant la première rédaction.

J’ai remarqué que beaucoup d’auteurs prenaient un temps particulier à la préparation d’un projet, une fois l’idée survenue. Je fonctionne assez différemment, mais le principe est le même : au lieu de « prendre » ce temps, je préfère laisser maturer une idée. Cela peut prendre des mois comme des années. Je ne me fais pas impatiente : je laisse faire le temps. Une première idée me vient ? Je la note ; mais ce n’est pas le moment de s’y consacrer encore. Puis, à mesure que d’autres idées rejoignent la première et que mes carnets commencent à se composer, je peux tendre l’oreille. Si une idée, en autre, me susurre être prête, je la saisis au vol.

Pour vous donner une idée, il aura fallut à L’Oiseau en cage deux bonnes années avant que la première idée ne prenne une pleine maturité. Pour L’Héritage d’un monde, c’est encore différent : je m’étais lancée bien trop tôt et il en résulta un premier jet bien incomplet, voire impossible à finir. L’idée n’avait pas encore assez mûri ; il faudra encore une bonne poignée d’années pour que je touche un premier point final, puis une autre bonne poignée pour une réécriture complémentaire à toutes les idées manquantes.

Vous l’aurez compris : je ne peux me lancer dans un premier jet avant d’être certaine d’avoir l’équipement nécessaire. De même, je ne peux forcer à travailler une idée sur plusieurs semaines comme le font la plupart des auteurs : c’est un arbre dont la croissance est plus lente.

#2 – Plan par chapitre

Beaucoup me qualifieraient d’ « architecte », un terme avec lequel j’avoue avoir beaucoup de mal – comme la plupart des catégorisations des auteurs. Une chose, pourtant, demeure certaine : je ne peux me lancer à loisir dans un premier jet. J’ai besoin d’un plan de bataille bien construit.

Si donc je ne m’étends jamais à construire préalablement mes personnages et décors, contrairement à beaucoup d’auteurs « architectes », je n’hésite pas à me former un plan par chapitres pour me donner une bonne vision d’ensemble du chemin à prendre. Celui-ci est assez sobre et ne trace que les grandes lignes : les détails seront à trouver plus tard, grâce à la fantasy de mon imagination.

Je quitte rarement les sentiers de ce premier plan : s’il est construit, c’est parce qu’il est bon et qu’aucun autre plan ne suffira. Ce plan pourra toutefois être développé plus tard, si besoin s’en fait ressentir. Mais ne brusquons pas les étapes.

#3 – Premiers croquis

Et alors, ce premier jet ? Patience… car, avec moi, les idées ne fusent pas et il me faut apprendre à les chasser, puis les apprivoiser.

J’ai donc mes premières idées avec un plan tout tracé ; mais cela ne suffit pas à écrire efficacement un premier chapitre. Il faut pouvoir pénétrer le récit avec suffisamment d’emphase et de visibilité pour le rapporter au mieux. Vous vous rappelez : j’ai une bien piètre imagination et il ne me serait d’aucune utilité de tâter la page blanche. Alors, retour au carnet.

Ce carnet, avec l’échafaud de toutes mes premières idées, est une merveilleuse mine à inspiration. C’est mon tableau blanc, là où je peux jeter toute la confusion de mes pensées sans craindre de m’y perdre. On considère le tout, on gribouille quelques phrases et passages du chapitre à rédiger. Puis, lorsque les idées sont entièrement saisies et domptées, lorsqu’elles m’ont suffisamment possédée à leur manière, je suis alors plus disposée à dresser le tout par de belles phrases : c’est l’heure de la véritable rédaction.

#4 – Rédaction

La rédaction doit être indulgence tout autant que patience : non seulement, je me donne le temps de former mon propos, de le dessiner par les mots, mais je me laisse une marge de maladresse – car, après tout, un premier jet ne peut être parfait.

L’idée est de trouver un juste équilibre duquel tirer une juste satisfaction pour le jour. Si cela ne va pas aussi bien que l’on aurait voulu… eh, bien tant pis ! C’est que le jour n’est pas le bon, alors je remets le triste passage aux mains du lendemain. C’est ce que j’appelle la « retouche » : avant même de poursuivre le texte – car, perfectionniste que je suis, je ne peux pas poursuivre sans un minimum de satisfaction – je le relis et le réécris. Seulement, alors, puis-je passer à la suite.

#5 – Vivre

Enfin, une étape tout aussi essentielle et accompagnant les précédentes, je m’assure de saisir le temps et les occasions pour stimuler ma créativité.

Parfois aussi, il y a le temps de la contrainte – le temps de la pause. Un temps pour expérimenter et s’appuyer des apprentissages de la vie quotidienne, tout cela dans l’unique but d’en rehausser sa plume de réalité. C’est un temps que je vis en ce moment même et, même s’il me tarde d’écrire, je ne peux qu’être pleine de reconnaissance pour toute la patience et la persévérance que ce temps de pause entraîne.

Peut-être qu’il vous sera difficile d’écrire votre premier jet de bout en bout. Peut-être, au contraire, y trouverez-vous toute la force et la passion. Quoi que soit votre condition, ne désespérez pas – continuez plutôt de considérer toute cette vie dans laquelle s’inscrit votre écriture.

J’espère que cet article qui partage mes propres expériences vous aura plus. Merci infiniment pour votre confiance et tout l’intérêt que vous portez à ce blog et ses conseils. Il me tarde de reprendre un rythme de publication plus convenable, après cette fameuse pause due à des circonstances particulières.

En attendant, racontez-moi : comment vivez-vous vos premiers jets ? Comment vous encouragez-vous ? Rendez-vous en commentaires !


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