5 Réflexions indémodables de Louisa M. Alcott sur l’écriture

Il y a quelques temps, j’ai eu l’opportunité de me lancer dans la fabuleuse lecture de Good Wives, la suite de Little WomenLes Quatres filles du docteur March, pour ceux qui y sont plus familiers – et c’est avec beaucoup d’humour que j’ai pu y découvrir les conseils de cette autrice dissimulés dans un chapitre intitulé « Literary lessons ». S’il s’agit bien d’une fiction conduite par le personnage si caractéristique de Jo March, je n’en ai pas moins tiré des vérités dont je pense qu’il fait bon de se rappeler.

#1 – L’écrivain, personnage atypique…

If this expressive article of dress was drawn low upon the forehead, it was a sign that hard work was going on, in
exciting moments it was pushed rakishly askew, and when despair seized the author it was plucked wholly off,
and cast upon the floor, and cast upon the floor. At such times the intruder silently withdrew, and not until the red
bow was seen gaily erect upon the gifted brow, did anyone dare address Jo.

Dans ce passage – dont je n’ai cité qu’un court extrait – Alcott décrit son personnage-autrice avec force humour, notamment à l’énonciation de ses habitudes d’écriture… Car dans le petit lieu de sa création au sommet de sa maison, pour ne point être dérangée, Jo se livre à tous ses états d’écrivain, caractérisés entre autre par l’évolution du port de son bandeau. Si elle est en pleine ardeur de l’inspiration, ce bandeau est placé bas sur son front ; si, au contraire, il lui arrivait quelques terribles frustrations, le bandeau était jeté à terre et marquait ainsi à qui voulait la voir que le moment n’y était peut-être pas si favorable…

Quel personnage atypique ! C’est que beaucoup d’écrivains, à leur façon, s’y retrouveront sûrement… Ne tient-on pas autant de préjugés sur l’écrivain qu’il y en a sur cette terre ? Car l’écrivain est un personnage atypique qui ne manque pas d’étonner ses proches… de quoi au moins tirer le sourire à qui les verra !

#2 – Le compromis de l’édition

« But Mr. Allen says, `Leave out the explanations, make it brief and dramatic, and let the characters tell the story’, » interrupted Jo, turning to the publisher’s note.

Présenter son projet à une Maison d’Edition, c’est garder en conscience que nous ne serons plus seuls à tenir les rennes et qu’il nous faudra force patience et tolérance en but d’une bonne coopération – sans oublier la confiance essentielle à la réalisation d’une bonne publication.

Malheureusement, les écrivains oublient souvent que les éditeurs ont souvent leurs attentes, plus ou moins sévères : ils se verront ainsi facilement refusé l’intérêt d’une publication qui ne rentrerait pas dans la lignée éditoriale de la maison, ou s’imposer des modifications imprévues et peu satisfaisantes pour l’auteur… Dans ce passage, on remarque que l’éditeur insiste sur les thèmes populaires de l’époque, ce qui était appelé le « roman de sensation » : un récit des plus courts et dramatiques pour captiver son lecteur.

Comme nous l’avons également vu dans notre dernier article, certains auteurs se sont affranchis des contraintes de l’édition traditionnelle pour le moyen plus libre, mais également plus challengeant, de l’auto-édition. C’est à force de déceptions que la relation entre auteur et éditeur se ternie autant – et voilà bien un grand dommage !

Voir mon article « Votre avis sur l’auto-édition – L’auteur »

#3 – L’utile de la critique

But it did her good, for those whose opinion had real value gave her the criticism which is an author’s best education.

Comme tout auteur, Jo March se retrouve inévitablement confrontée à la critique. Les avis sont diverses et mitigés : certaines critiques n’ont rien de bien édifiant et ne comprennent rien à son ouvrage – en partie trop destructuré par les choix imposés de l’éditeur ; d’autres, au contraire, si sévères, sont tout l’encouragement dont elle a besoin pour poursuivre et s’améliorer !

La critique n’est donc pas mauvaise en soi, et je crois voir en cet extrait plus particulier l’expérience même de l’autrice qui a su peaufiner sa plume par ce qu’elle considère être le meilleur maître d’école de l’auteur. Certes, il y a la peur du regard de l’autre qui, trop souvent, empêche les écrivains d’aller au bout de leur désir de publication – c’est sûr, pas tout le monde ne saura apprécier justement votre travail ! Faut-il pour autant s’y arrêter ? Conservez donc les avis sûrs pour pouvoir vous les rappeler lors des mauvais jours – et ne rejetez pas tous les médiocres avis !

#4 – Ne pas chercher à écrire un livre qui plaît

« I wish I’d printed the whole or not at all, for I do hate to be so misjudged. »

Dans ce chapitre, Jo confie la lecture de son livre à ses proches. Malheureusement, chacun porte un avis assez différent en fonction des goûts et habitudes de lectures… Alors, Jo tâche de trouver le juste équilibre pour satisfaire chacun de ses lecteurs… bien maladroitement, hélas ! Car après avoir réalisé toutes ces modifications, elle considère que le livre n’est plus celui qui a mûri dans son esprit et ne reconnaît plus son empreinte.

Pour ma part, des lecteurs et auteurs ont souvent tenté de m’imposer des idées et opinions sur mes ouvrages – la plupart du temps, car je ne respectais pas la « trend » ni ce que l’on pourrait définir ces « clichés » d’un genre littéraire en particulier… C’est que j’aime instaurer ma propre marque et interpréter la littérature et l’écriture à ma manière !

Pour dire vrai, c’est cette singularité de la plume qui m’a apporté belles louanges de la part de plus fidèles et tolérants lecteurs… Comme quoi, il serait vain de chercher à faire correspondre notre roman à ceux qui font déjà sensations ou tout simplement de répondre aux demandes de ses lecteurs en sacrifiant ses propres valeurs et besoins. Je ne dis pas qu’il ne faille pas écouter ces demandes des lecteurs – car, malgré tout, celles-ci peuvent se révéler de bonnes inspirations et stimuler la réflexion – plutôt qu’il faille s’écouter d’abord soi-même et estimer son travail, aussi imparfait qu’il puisse paraître.

Autrement… ce ne sera plus vous qui aurez écrit ce livre – mais bien un amalgame de lecteurs !

#5 – Ecrire pour se surpasser

« You can do better than this, Jo. Aim at the highest, and never mind the money. »

Dans sa quête d’un éditeur, Jo s’est facilement laissée allée au premier contrat proposé – après tout, quel mal peut-il y avoir de tant vouloir voir son ouvrage exposé en librairie ? Pour autant, qu’est-on prêt à sacrifier pour le plus médiocre des contrats ? Certes, l’argent rentrera dans les poches et vous aurez atteint votre but ; mais qu’est cette victoire sans toute la satisfaction d’un bon travail accompli et bien agréé ?

Finalement, nous ne devrions pas viser l’édition comme un moyen d’obtenir de l’argent – et ainsi, dans le cas de Jo March, une nouvelle indépendance – ni la simple reconnaissance d’avoir été publié. Un écrivain, s’il veut vraiment apprendre de l’écriture et poursuivre une bonne lancée sur sa carrière, doit pouvoir viser l’excellence, même sachant qu’il ne l’atteindra sûrement jamais. Le thé – ou le café – tiède n’est jamais très intéressant à boire ; s’il est brûlant, il aura plutôt un effet stimulant. De même, mieux vaut un écrivain brûlant pour son art qu’un tiède écrivain qui ne saurait jamais combler ses vrais besoins.

Il y a d’autres remarques et réflexions qui m’ont bien fait sourire, mais qui se contentent de rejoindre les précédentes. Si vous êtes curiez, je vous engage à lire ce chapitre en particulier du roman – qui pourrait se lire de manière tout à fait indépendante au récit.

Connaissez-vous d’autres auteurs qui aiment glisser quelques réflexions sur l’écriture dans leurs ouvrages ?


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