Réécriture – Donner du volume à son récit

La raison pour laquelle je vous partage ces quelques conseils est simple : je suis sûrement la mieux placée pour avoir besoin d’un tel article.

Mon souci a été longtemps le même : celui de ne pas savoir comment développer. Que ce soit au niveau du développement de mon intrigue, ou dans le détail de mes scènes et de mes personnages, il y a toujours un manque – ou manques : quelque part, se contenter du singulier dédramatise le problème. Cela ne se résout qu’à force de réécritures et de réflexions ; je peux y parvenir, mais il faut pouvoir m’en donner les moyens.

A tous ceux qui ont le même souci d’une imagination capricieuse, je propose ces quelques réflexions pour dénicher les manques de votre texte.

Tout part d’un manque

Lorsque l’on écrit le premier jet de son roman, il est d’abord très difficile d’en voir les manques : il nous faut la prise de distance d’une relecture. Ainsi donc, vous ne résoudrez pas tout de suite ce problème ! Vous serez peut-être aiguillés, durant cette première écriture, par les lacunes de votre plan si vous en suivez un, mais les travailler ne sera qu’une bien petite part du travail de « mise en volume » qui vous attend. Voyez cela que le travail d’un tisserand : il faut d’abord matière d’idées (la laine) et le soutien d’un plan (le métier à tisser) avant de vous mettre à tisser et développer votre belle création ! Cela doit se faire par entrecroisements du fil, jusqu’à ce que celui-ci soit suffisamment resserré pour donner un tissu solide.

Mais passons la métaphore. Ce qu’il vous faut, ce n’est pas de craindre le vide, mais de le rechercher. Interrogez les manques de votre texte : c’est généralement qu’il s’y cache un besoin. Si vous éprouvez une certaine insatisfaction face à la relecture de votre texte, c’est que vous venez de dénicher un manque essentiel. Prenez le temps d’écouter cette insatisfaction et formulez-les sous forme de questions : les problèmes posés sous forme de vraie problématique nous aident généralement à y répondre.

Avant de lister les potentiels manques de votre texte, je vous engage à évaluer la teneur de votre intrigue via cette fiche du Bêta-lecteur que j’ai pu partager il y a quelques temps sur mon blog. Si vous ne savez comment répondre à certaines des questions posées, vous ne pourrez détromper les besoins de votre texte.

J’ai remarqué, par mon expérience, pouvoir réunir trois types de problèmes majeurs dans le développement d’une intrigue. Je vous parlerai donc de l’incontournable profondeur, de l’équilibre de la pertinence et de l’essentiel de la clarté.

Profondeur

Vous a-t-on déjà approché avec le reproche de « trop rester sur sa faim » à la fin de la lecture de votre roman ? Rassurez-vous, cela m’arrive bien souvent. Les idées sont bonnes et accrochent jusqu’au bout, mais le manque de profondeur s’est fait ressentir entre les pages qui se déclinaient trop vite.

A cela, il y a une raison : lorsque je prépare un roman, je ne me fie qu’à l’élaboration de mon intrigue et de ses grands axes. Autrement dit le détail, cette touche qui dénotera votre œuvre de toute autre œuvre, est à voir pour plus tard !

Sous ce constat s’en cache un autre : comme le lecteur, j’aime découvrir mon histoire et la voir se développer. Quel intérêt si je réunissais toutes les idées nécessaires, jusqu’au plus petit détail de ce que je souhaite transmettre, avant même de démarrer l’aventure de l’écriture ? On se rappelle Tolkien qui a passé des années entières à faire évoluer son univers et ainsi réécrire ses brouillons. Pour ma part, mon personnage apparaîtra tout d’abord sans volume avant que ma plume ne vienne, petit à petit, l’appeler à la vie. Le contexte de développement de ce personnage ne s’affirmera qu’en l’y faisant jouer, en testant et interrogeant les premières idées.

Attention, la mise profondeur ne signifie pas l’ajout de personnages ou de nouvelles idées, mais est plutôt un processus qui vise à transformer les premières idées pour les rendre plus complexes aux yeux du lecteur. Ne cherchez pas à percer le souci du manque par du nouveau : il faut travailler l’ancien et l’inconfortable, purifier ce qui paraît encore trop défectueux.

Rappelez-vous le travail du tisserand : tout ce voit par étapes, du tronc de l’arbre à ses branches, puis de ses branches à ses bourgeons. N’ayez pas peur de considérer le temps que cela vous prendra, prenez plutôt plaisir à réfléchir votre création et à la sonder avec le regard du Créateur pour l’améliorer.

Pertinence

Un autre problème qui peut survenir – et est, heureusement, moins important dans mon travail – est celui du souci de la pertinence. Les premières idées abordées n’ont pas trop ce souci, comme ils sont le socle de l’intrigue. Mais dès le commencement d’une réécriture ou du développement de son plan, d’autres idées peuvent germer au cours de l’écriture qui, finalement, ne feront pas tant avancer votre intrigue

C’est ce que j’appelle le « mauvais volume », ce volume que l’on ne cherche pas et qui est de trop. On ne cherche pas à ce que la plante porte trop de fruits, plutôt qu’elle grandisse.

Là, pas de grande difficulté : nous savons que des idées sont impertinentes lorsque nous ne savons pas les justifier pleinement. Si une phrase ou un passage n’apporte pas grand chose à l’avancée de l’action, ni à la prise de connaissance des personnages ou de certains indices, ne doutez plus et supprimez-les !

Il peut être bon aussi de se rappeler qu‘un roman ne se fait pas exclusivement d’une suite de dialogues entre les personnages. Cette utilisation n’est pas mauvaise en soi, et peut-être apporte-t-elle de bonnes informations pleinement justifiées, mais peut ne pas être la plus pertinente en terme de forme d’expression de ces idées. Un dialogue ne dira pas la même chose qu’une narration : le dialogue cache des choses et ne peut tout dire, comme on ne peut forcément reconnaître la vraie pensée du personnage. La narration, elle, est le dialogue que partage le narrateur avec le lecteur : c’est le moment des confidences, des révélations peut-être inconnues des ou de certains personnages.

Tachez donc de garder cet avertissement bien en tête : pour donner du volume, on ne cherchera pas à donner du détail pour du détail ; ce ne serait alors que combler faussement l’impression de vide. Il faut pouvoir justifier toutes vos idées.

Clarté

Plus grave encore est le manque résidant dans la clarté de son texte. Le message que l’on veut alors transmettre est comme erroné, il n’indique pas notre première idée, voire parfois tout à fait son opposé ! C’est le fameux « je ne comprends pas ce que tu veux dire » du lecteur.

Si le message est l’objet clef d’un roman est un autre débat – pour ma part, j’y prend particulièrement attention. Mais si l’on ne vous comprend pas, même en de plus petits détails, votre lecteur risquera tôt ou tard de décrocher. D’une façon, cela le rabaisse : on croit alors qu’on est pas assez intelligent pour saisir les mots de l’auteur.

Dans toute ma joie à vouloir jouer de la plume, j’oublie souvent la capacité de mon lecteur à pouvoir suivre le fil de mes pensées. J’ai beau savoir que la simplicité est allié de l’écrivain, je ne me l’empêche pas ! Me lire demande une certaine position de la lecture – ainsi, la moitié de mes lecteurs me comprennent, tandis que l’autre est susceptible de ne rien y voir. C’est un conflit constant : la liberté de ma plume contre la compréhension de mon lecteur. Je ne peux pourtant ignorer trop souvent ce souci.

La clarté peut être issue d’un manque de pertinence dans le choix des mots comme d’un manque de développement de certaines idées : le « quoi ? » et le « pourquoi ? »

Le « quoi ? », nous l’avons vu, est une question de style et de subtilité. Le « pourquoi ? », lui, peut s’expliquer par un manque de prise de distance avec son travail : nous n’avons pas répondu nous-mêmes à toutes les questions que soulevait notre intrigue. C’est en cela que la bêta-lecture peut être précieuse : nos lecteurs seront les plus à-mêmes de dénicher les manques de notre récit, par le simple test de leur compréhension de l’histoire. Ne négligez donc pas cette aide pendant la réécriture de votre roman, alors que vous vous tâtonnez à lui donner du volume.

Je ne fais que brosser le souci d’une bonne mise en volume, mais j’espère avoir pu vous transmettre quelques nouvelles astuces quant à l’évaluation de votre travail. Gardez en mémoire que toute mise en volume n’est pas nécessaire ni pertinente en soi et que cela doit faire l’objet d’une stratégie réfléchie et justifiée. Ne me reste plus qu’à vous souhaiter bon courage dans la poursuite de vos projets…


2 réflexions sur “Réécriture – Donner du volume à son récit

  1. Hey ! Merci pour ce rappel sur la réécriture. J’ai eu la chance d’avoir 5 relectrices différentes sur le manuscrit que je travaille en ce moment et je me rends compte combien leur sensibilité et manière de faire si diverses a été d’une grande richesse pour retravailler mon texte. Pour la dernière bêta-lectrice en date, mon roman est le premier livre de fantasy qu’elle lit et cela apporte beaucoup car ne connaissant pas les codes de ce genre littéraire, elle pose plein de questions qui m’obligent à donner du volume, comme tu dis, à mon intrigue, mes personnages et mon univers. C’est trop bien ! 😀

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, tu pointes un point essentiel : il ne faut pas chercher nécessairement des bêta-lecteurs « qui s’y connaissent » car ce ne seront pas eux qui nous aideront le plus au niveau de la clarté de notre récit ! C’est super que tu puisses recevoir autant d’avis divergents, pas évidemment de trouver des personnes pour nous accorder de leur temps 😉 Bon courage pour la suite

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