L’image que je me fais d’un écrivain

En ce week-end de fêtes, je vous propose quelques réflexions plus légères autour de l’écrivain – ou, plutôt, de l’image que je me fais d’un écrivain.

Beaucoup des auteurs d’aujourd’hui sur les réseaux le définissent comme un créateur sans pitié à l’égard de ses personnages, qui passe plus de temps à rêvasser qu’à écrire et qui ne trouve comme limites que ses propres et constants doutes. Si cette définition suit en effet le quotidien de beaucoup d’écrivains, elle ne ressemble pas tant à l’image que je m’en fais – car ce n’est pas un quotidien que je vis.

Il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse, ni de bon ou mauvais écrivain. Il réside un débat qui doit relever d’un choix personnel : se définir écrivain par le regard des autres ou se contenter de ses propres convictions sur ses droits et habilités. Il n’est pas de mon souhait de vous convaincre d’une quelconque idée sur la nature de l’écrivain, mais plutôt de vous partager mes remarques et expériences.

Car je ne crois pas être la seule à expérimenter ces points listés ci-dessous.

Les voici donc, pour votre propre amusement si vous le voulez bien. Mais je conseille également quelques bonnes considérations qui sauront vous éclairer sur les réalités d’un écrivain.

Il est un écrivain lorsque…

#1 – Son compagnon d’écriture n’est autre qu’une bonne tasse de caféine

Vous le savez depuis longtemps : je suis une buveuse de thé inassouvie. La caféine, c’est bien connu, excite l’esprit et accentue ses capacités. Elle est donc fort appréciable pour un exercice aussi intellectuel qu’est l’écriture.

On pourrait citer de nombreux écrivains accros à la caféine du café ou du thé : à commencer par C.S Lewis lui-même et, bien pire, J.K Rowling (qui, je crois, pouvais consommer jusqu’à huit tasses de thé par jours).

Si je ne peux pas me permettre à une trop importante consommation en caféine dû à une anémie récurrente en fer, l’accord d’une tasse de thé le matin fait tout de même partie de mon processus de disposition à l’écriture. Sans compter que ces boissons excitent nos sens et nous pousse à explorer ainsi notre imagination par les sensations.

#2 – L’imagination se fait son maître

On aurait pu croire tout écrivain maître de son esprit et de son imagination – mais il en va rarement ainsi ! Bien au contraire, l’écrivain est un bien pauvre dompteur, si la chose était possible.

Que l’écrivain s’efforce d’apprivoiser le monde des idées ou qu’il s’en soumette, la difficulté est la même : l’imagination ne se donne pas facilement, et surtout lorsque l’on s’y attend le moins !

Cela me fait plutôt rire lorsque les circonstances et les proches se font la source de mes idées. C’est à croire que l’écrivain ne peut se passer de tout ce petit monde autour de lui ! Nous n’avons alors d’autre choix que de poursuivre ces idées, comme on attraperait des papillons à l’aide d’un filet. Autrement, ces idées pourraient bien s’en aller dans l’oubli…

#3 – Il est un lecteur compliqué et très critique

Il n’y a pas à dire : plus l’écriture s’imposait à moi, plus la lecture m’était difficile. Les défauts d’un best-seller nous sautent vite aux yeux et nous nous lassons des récits simples et à répétition.

A la fin de mes années de collège, je me suis retrouvée face à un puissant blocage à la lecture : parce qu’il n’y avait plus de nouveau, je n’y voyais plus d’intérêt ! Pour moi, il est essentiel à un livre d’apporter quelque chose au lecteur ; une simple histoire ne suffit pas – bien que j’ai conscience que cela suffisse à beaucoup de lecteurs. J’ai alors commencé à lire davantage en anglais, comme cette littérature est bien différente que celle que nous connaissons en France.

Aujourd’hui, c’est terrible : mais tout ce qui m’intéresse vraiment dans un roman, c’est sa qualité stylistique. Il peut comporter des éléments qui me déplaisent, mais doit parvenir à me convaincre par sa stratégie. Aussi, j’ai abandonné la lecture de tout roman contemporain pour me glisser dans les plumes complexes des œuvres classiques.

Evidemment, cela ne m’empêche pas de voir des défauts en les œuvres de Dumas, de Hugo ou même de Shakespeare ! Mais que sont ces défauts quand la plume réalise l’incroyable de faire connaître au lecteur un tout autre monde ? Le plaisir des mots : voilà ce qui me préoccupe. De même, je ne suis pas bien grande lectrice : je ne lis généralement que de deux à trois romans par mois. Mais c’est bien pour mieux les déguster.

#4 – Il poursuit une relation trouble avec ses pairs

Cela le dépasse : l’écrivain doit se comparer. Lorsque d’autres réussissent, cela fait son malheur. Lorsqu’ils semblent échouer, cela nous console.

On pourrait rapporter ce défaut à tout l’humanité, mais cela est d’autant plus vrai pour l’âme sensible de l’écrivain. Le monde du livre connaît malheureusement aujourd’hui une sur-demande et les écrivains doivent savoir se démarquer les uns des autres s’ils veulent voir le succès de leurs œuvres.

En même temps, l’écrivain ne peut poursuivre son travail seul trop longtemps et doit savoir s’équiper de bons guides – et qui d’autre que des écrivains de même rang pour comprendre son travail ? C’est l’exemple des membres du groupe des Iklings, qui se partageaient leurs avancées et se conseillaient sur la suite – quoique Tolkien fut assez critique sur le fonctionnement de C.S Lewis.

#5 – Rien ne peut le faire détester son ouvrage

Lorsque je lis sur les réseaux qu’un écrivain déteste son ouvrage, je peine à croire de ses vraies qualités. L’on peut certes détester certains jours qui rendent l’exercice de l’écriture compliquée, mais on ne peut pas détester sa propre création.

Alors même que naît la première idée, j’éprouve un amour fou pour ma création. Alors même que sa rédaction subit la course du temps et se montre bien imparfait, je ne peux que l’aimer davantage.

C’est en cela que j’adore les réécritures : elles permettent d’aller toujours plus loin, de perfectionner et transformer cette création si défectueuse. Il n’y aurait pas de sens, selon moi, à un écrivain de s’imposer l’écriture de quelque chose qu’il ne peut supporter. L’on peut parfois se tromper, mais l’on peut aussi se corriger. Si un passage entache le texte dans son ensemble, il suffit de le retoucher, ou simplement de le couper.

Prendre soin de son œuvre : c’est là une des premières règles à suivre pour l’écrivain.

#6 – Il se connecte à son ouvrage

Parce que l’écrivain prend si soin de sa création, il parvient à lier une relation avec elle.

Il en va de même pour l’histoire de mes personnages, que je vise toujours à approfondir : les travailler rendent l’attache plus solide, me connectent à eux par un lien plus fort que ne saurait lier quelques relations humaines.

Lire mon article « A la rencontre de mes personnages »

La création est un effort d’une grande force et elle nécessite à l’écrivain de se donner complètement à elle.

#7 – L’écriture se fait devoir

Je crois bien que pour ma part, il ne se fait pas une journée sans l’écriture pour frapper à ma porte. Parfois, l’accueil se fait avec grande joie ; d’autres fois, les coups doivent se faire plus insistants. Mais tôt ou tard, je dois me lever pour saisir la plume.

Ne me méprenez pas : cela ne signifie pas le succès de l’avancement de mes projets chaque jour. Plutôt, c’est que je vis l’écriture ; elle m’habite, influence ma réflexion et me pousse constamment à l’action. J’ai besoin de m’exprimer, et il n’y a que l’écriture pour y répondre.

J’écris de bien des manières : quelques vers durant l’attente, quelques réflexions sur un carnet, quelques posts sur les réseaux. Les mots doivent sortir tôt ou tard pour faire surgir ce qui résonne en moi.

Je crois qu’il en va ainsi pour tout vrai écrivain : l’écriture l’accapare au point d’habiller tout son quotidien.

#8 – L’écriture se fait sacrifice

Parfois – et surtout lorsque le temps nous manque – l’avancement d’un projet demande des sacrifices : si ce n’est pas moins de repos, ce sera moins de temps libre.

Pour un écrivain comme moi qui considère l’écriture comme un réel devoir, il n’y a pas d’autre possibilité que d’y accorder tout le temps nécessaire. Je ne dis pas vouloir toujours précipiter l’écriture d’un roman, bien au contraire – je prends généralement tout mon temps. Mais l’écriture demande une consécration toute particulière, un peu comme pour apprendre à jouer d’un instrument, finalement.

Pour moi, il est nécessaire de m’accorder autour d’une heure d’écriture par jours. Cette exigence peut varier, en fonction de mes besoins et capacités, mais c’est un équilibre que je souhaite tenir à côté de mes études. Cela signifiera pour moi une plus piètre place à l’amusement : moins passer de temps à lire ou à regarder des films, ou même à sortir. Heureusement, l’effort de l’écriture pourvoit à sa manière : pour l’écrivain, il n’y a pas plus soulageant qu’une bonne séance d’écriture. Car, après tout, n’est-il pas fait pour cela ?

#9 – L’écriture n’est plus assez

Parfois, il me semble que même l’écriture n’est plus assez pour répondre à mon impérieux besoin d’écrire. Il y a une vanité des mots qui ne peuvent tout exprimer. Ce que l’écrivain vit et ressent, il ne pourra finalement qu’en présenter un aperçu.

L’écrivain connaît une faim insatiable de l’écriture – qui s’exprime même au travers de blocages – comme un riche n’en aurait jamais assez.

#10 – Partager devient indispensable

Enfin, quelque chose que je répète souvent : pour moi, il n’y a plus de sens à l’écriture sans lecteurs. Il faut donc à l’écrivain la possibilité de partager.

C’est tout le but de ce blog, pour moi – comme tant d’auteurs développent leur lectorat par les réseaux. Ce blog, et plus encore vous, fidèles lecteurs, est tout ce que j’ai pour répondre du mieux à ce besoin.

L’écrivain ne peut taire ses mots : il doit les hurler au monde. Même s’il doit courir le risque de se mettre à découvert.

Dîtes-moi donc en commentaire : quelle image vous faites-vous d’un écrivain ? Pensez-vous mes points trop loin de la réalité ? A chacun son expérience, à chacun son ressenti – je dirais même plus : à chacun ses mots.


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