Aimer la réécriture en 5 étapes

J’ai beau m’être beaucoup lassée de la réécriture ces deux dernières années, pour n’avoir fait que cela, j’ai tendance à la préférer au premier jet. Là où d’autres auteurs la trouveront trop contraignante, je vois une sécurité dans la réécriture. Ecrire un premier jet, c’est comme se jeter à l’eau – la réécriture, s’est avoir déjà une bouée à ses côtés.

Ce que m’évoque une réécriture est difficile à pleinement décrire. C’est souvent un jardin de délices, quoiqu’il soit semé de mauvaises plantes à arracher. Ce jardin est à entretenir. Nous ne sommes plus tellement le créateur, à devoir tout créer du vide. Nous devenons l’homme, à qui la responsabilité à été donnée de prendre soin de la création.

Cette fragilité de l’œuvre a quelque chose de rassurant pour moi, car je m’y reconnais. Mais je sais que pour d’autres, cela fait plutôt peur. On a peur d’échouer.

Pas facile la réécriture ! Moi-même dois parfois me battre avec les mauvaises pensées où le découragement, lorsque cela dure. Je vous propose donc 5 étapes, où plutôt 5 visions, essentielles à mon approche de la réécriture.

Peut-être parviendrez-vous enfin, à votre tour, à y ressentir quelques plaisirs…

#1 – Prenez votre temps

Je sais : on vous le déjà dit bien souvent. L’art ne se maîtrise pas toujours et il faut savoir se faire patient. Je dirais plus : on ne se maîtrise pas toujours ; on est pas toujours disponible à écrire.

Un de mes derniers apprentissages a été celui de révoquer ma tendance à vouloir aller trop vite puis à culpabiliser d’échouer. L’humain est ainsi fait : il lui faut toujours plus, toujours plus vite. Mais le constat reste le même : ce n’est pas possible.

La différence majeure d’un travail de qualité, je dirais, se tient non pas dans la rapidité à l’accomplir, mais plutôt dans le temps qu’on lui consacre. Vous n’avez pas besoin de vous précipiter sur sur cette réécriture. Au contraire, c’est votre œuvre qui a besoin de temps. Temps pour maturer. Temps pour être poli. Temps pour faire ses preuves.

Prenez le temps de réécrire, et prenez-le bien. Si vous vous sentez impatients, faites de cette impatience votre force : elle vous fera avancer ! Si vous pensez nécessiter de plusieurs heures par semaines pour accomplir à bon pas cette réécriture, donnez-vous en les moyens.

Mais ne bâclez pas. Votre roman mérite bien mieux que cela. Il appelle à une main douce qui saura faire preuve d’indulgence et de patience.

#2 – Obtenez un bon soutien

L’homme n’est pas fait pour être seul. On ne peut pas avancer sans soutien. Vous, écrivains de l’ombre, encore moins.

Attention, toutefois, à ne pas confondre soutien et simple lecteurs. Il est une belle chose de savoir votre roman lu et digne d’intérêt. Mais cela ne suffira pas à vous accompagner dans l’épreuve de la réécriture.

Ce dont vous avez besoin, c’est de véritables compagnons de marche. Ceux qui viendront toquer à votre porte pour prendre de vos nouvelles, ainsi que des nouvelles de votre petite création. De ces fidèles qui laisseront un mot à votre attention – juste pour vous montrer que l’on pense à vous. Ces personnes vous supporteront vous et vos idées à chaque heure.

Si vous n’obtenez pas ce soutien, vous serez seul. Terriblement seul. Un homme seul, ce n’est pas bon. Un homme seul détruit plutôt que de construire.

Vous ne souhaitez certainement pas ruiner votre précieuse création.

#3 – Diversifiez

L’homme n’est pas non plus une machine – et si les routines rassurent quelques fois, elles peuvent également beaucoup brider.

Ce conseil ne vous parlera peut-être pas – apprenez d’abord à vous connaître. Pour ma part, j’ai en horreur les routines. J’ai besoin de changements. De challenge. De m’abandonner à l’inconnu pour retrouve force et excitation.

Sans partir à de telles extrémités, il est tout à fait possible de diversifier son travail, même lors de la réécriture de son roman. La réécriture ne suit jamais le même chemin, d’un de mes romans à un autre. Je fais selon ce que je me sens inspirée de faire. Parfois, je vais éprouver le besoin de me reconnecter avec mon ouvrage ; le lire, jusqu’à épuisement, mais aussi avec joie. D’autres fois, j’ai besoin de jouer les pères fouettards ; mordre mon roman à pleines dents et ne le lâcher qu’une fois bien sanglant. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de réécrire un roman.

On oublie bien souvent que corriger n’est pas synonyme de punition : si vous corrigez votre enfant, c’est parce que vous l’aimez. Aimez de même votre création. Faites-lui prendre la bonne voie.

#4 – Redécouvrez

Vous aurez beau repasser sur votre roman, êtes-vous sûrs de le connaître autant que vous le jurez ?

Prenez la Bible. Pourquoi les chrétiens s’amusent-ils à le lire chaque matin ? Non, ce n’est pas parce qu’ils s’ennuient. C’est parce qu’il y a toujours à redécouvrir de ce livre – croyez-moi, je ne me lasse jamais d’être surprise.

Je considère que je ne connais vraiment rien de mon travail. En le relisant, il arrive que rien ne soit clair. Il arrive aussi que des évidences me viennent bien plus tard, alors que je n’y pensais pas en les écrivant.

Il y a des mystères dans l’écriture d’un roman, comme d’une relation entre Dieu et sa création. Laissez ces mystères vous guider, vous appâter. Ils vous donneront les bonnes questions à vous poser pour cette réécriture. Ils vous titilleront, vous rappelleront régulièrement à votre ouvrage.

Combien de mots font votre œuvre ? Il y en a sûrement beaucoup. Alors prenez le temps de redécouvrir chacun de vos mots. Redécouvrez par la même occasion les détails de vos personnages et des lieux que vous avez choisis pour votre roman. Si quelques chose ne va pas, corrigez. Vous ne savez peut-être pas ce que vous corrigez – vous le découvrirez plus tard.

Vous allez avoir faim et vous ne pourrez satisfaire cette faim qu’en réécrivant.

#5 – Ce n’est pas la fin

Enfin, il faut que je me le redise : cette réécriture n’est la fin. La fin fait peur, comme la mort. Elle signe un arrêt soudain, une coupure net avec la réalité présente. Elle enlève l’enfant à son auteur.

Même s’il faut savoir trouver le point final – même si votre œuvre trouve publication, sachez que ce n’est pas la fin. Vous pourrez y revenir plus tard. Ou non : en fait, c’est vous qui en décidez. Vous avez ce choix, cette précieuse liberté. Lâcher à jamais votre enfant pour le voir prendre ses ailes ou le conserver encore un temps sous les vôtres.

Ouf ! Le drame est passé, n’est-ce pas ? Savoir que l’on peut toujours y revenir, c’est libérateur. C’est être conscient de l’imperfection de son œuvre, mais de l’accepter et de le livrer malgré tout. On peut toujours mieux faire. Mais je choisis de m’arrêter là.

Ce n’est pas grand chose, me direz-vous, ces réflexions. Effectivement, il n’y a rien de sorcier dans le rapport de l’écrivain à son écriture. Mais je vous en prie : autorisez-vous à aimer. Aimez votre création. Aimez la réécriture. Auteur plein de défauts, vous êtes dignes d’aimer les siens.


3 réflexions sur “Aimer la réécriture en 5 étapes

  1. Merci pour les conseils. Je ne suis encore jamais parvenue à réécrire un de mes textes, quelle que soit sa longueur. Quand j’essaye, j’ai l’impression d’y fausser les émotions que j’y ai mises, d’en faire quelque chose d’artificiel, alors que pour moi les émotions sont au centre de tout. J’essaierai cette nouvelle approche…

    Aimé par 1 personne

    1. Intéressant, merci pour ton partage ! Peut-être n’est-ce pas la réécriture, le problème 🙂 Mais plutôt ta manière de voir ton « produit ». As-tu peur de le retoucher, d’en ôter l’authenticité de l’instant ? Cela se comprend. Alors dans ce cas, ton écrit nécessite-t-il d’une réécriture ? Si tu le destines à la publication, la réécriture sera effectivement fortement recommandée. Et si tu considérais que la réécriture est une autre étape « authentique », qui vise à renforcer ce que tu as pu déjà écrire, dans un second temps. Cela ne veut pas dire que le premier temps était faussé. Je dirai au contraire que cela rend l’œuvre plus complexe : elle mélange le toi d’hier au toi d’aujourd’hui.
      Bon courage pour la suite !

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