C’est l’heure du thé #18 – Là où les priorités ont changé

S’il y a bien une chose dont je me suis souvent vantée sur ce blog, c’est d’avoir voulu faire à tout prix de l’écriture ma priorité. Si seulement j’avais su… Après avoir longtemps emprunté les chemins de la discipline, je me suis mis à dériver – entre autre, car cette activité seule, quoique d’une grande aide, ne me satisfaisait plus entièrement. Puis j’ai éprouvé le besoin de soutien – mais là aussi, cela ne fut pas suffisant. L’intérêt personnel n’était plus – il n’y avait pas de récompense immédiate. Je ne voyais plus de raisons à fournir autant d’efforts que par le passé.

Laissez-moi vous rassurer : cet article n’est nullement une manière de vous annoncer la fin de mon aventure. Seulement, je voulais vous partager le bilan de ces derniers mois qui a grandement changé mes perceptions sur le travail de l’écrivain – et plus particulièrement le mien.

Avant cela, toutefois, j’aimerais mettre une chose au point : toutes ces années, je ne vous ai pas menti sur mon rapport à l’écriture. J’ai sincèrement cru à mon appel de faire de l’écriture une priorité dans ma vie. J’ai sincèrement souhaité m’engager corps et âme dans ce domaine, pour le faire fructifier tout comme le protéger – car le statut de l’écrivain est loin d’être reconnu. Je ne pense pas m’être trompée sur cette voie, car elle m’a montrée bien capable et m’a enseigné beaucoup.

Puis d’autres chemins se sont ouverts à moi – et il n’a fallu qu’un pas pour s’y aventurer.

Un autre chemin…

Cela demande beaucoup de courage que de poursuivre sur un autre chemin. L’on est déracinés, frappés de tout part par des émotions plus violentes les unes que les autres. Mais c’est aussi nécessaire pour grandir.

Cela s’est marqué pour moi aussi bien physiquement que psychologiquement : un déménagement et un début en fac, loin de ce que j’avais toujours connu. Je ne pensais jamais trouver mon contentement dans mes études (le secondaire ayant été pour moi une source constante d’épreuves), mais l’expérience me prouva tout du contraire. Si je n’ai pas trouvé mon bonheur en Lettres, à ma plus grande des stupéfactions, j’ai fini par le trouver en étudiant une langue chère à mon cœur : l’anglais. Ainsi, je me découvrai une autre passion, bien différente de l’écriture.

Je suis de nature à ne pas savoir faire les choses de moitié – quel que soit le projet, il faut que je m’y jette corps et âme. Délaisser une bonne part de mes capacités concernant mes études, au profit de l’écriture, m’a donc paru des plus déraisonnables et cruels. Il m’a fallu faire un choix : profiter pleinement de ces trois années d’apprentissage ou relâcher un peu l’écriture le temps de la Licence. Vous devinez le résultat.

Je ne peux pas dire avoir regretté ce choix, quoique régulièrement tourmentée par la culpabilité – n’avais-je donc pas fait vœu de m’engager pleinement dans l’écriture ? Je me sentais traître, délaissant des projets qui nécessitaient cruellement de mes soins. Pour autant, aurais-je seulement été capable de poursuivre ainsi ?

… mais une seule vie

Je me suis alors interrogée sur le sens de ma vie – étais-je seulement prête à tout délaisser pour l’écriture, à en faire une espèce d’idole ? Certes, je sais avoir les pleines capacités pour chercher à vivre de ma plume – mais est-ce vraiment le meilleur pour moi ?

L’écriture prenait une place bien trop importante pour la vie que je décidai désormais de mener. Ce n’était plus ma vie qui la dictait, c’était l’écriture qui dictait ma vie. Or, qu’est-ce que vraiment l’écriture, sans tout le reste ?

Un conseil revient souvent sur mon blog, à juste titre : celui que l’écrivain doit avant tout chercher à vivre, tout simplement. J’en ai d’ailleurs fait le sujet de mon dernier billet : un besoin de se préoccuper pour un temps des problématiques dans ma vie, notamment en cette période de constantes transitions et développements. L’écriture viendrait plus tard.

Récemment, j’ai appris à lâcher prise sur mes rêves et plus grands désirs – car, là encore, j’ai compris qu’ils ne seraient pas suffisants. Quoiqu’éperdue, je peux maintenant profiter d’une vue plus large sur ma vie et ses possibilités – peut-être, pour ainsi rêver plus grand, mais aussi plus raisonnablement.

Je suis libre des chemins que j’emprunte et suis convaincue que tous, quoique différents, aboutiront à mon but ultime.

En recherche de progrès

Finalement, si l’on s’échine tant à écrire, si l’on se préoccupe autant du nombre d’heures passé à l’exercice et à affiner sa discipline, ce n’est qu’en constante recherche de progrès.

Tout cela pourtant est vain. Certes, c’est en écrivant que l’on devient écrivain. Mais qu’apprenons-nous à voir en restant ainsi focalisés sur nous-même ?

Je vous l’ai dit : je n’avançais plus – du moins, je ne progressais plus. J’avais beau écrire des pages et des pages, proposer telle quantité de contenu, tout me semblait fade. Il manquait son sel à mon travail. Finalement, ce n’est qu’en lâchant prise et accordant de l’aide extérieure à mon travail que je suis parvenue à le plus progresser. Ma vision, ma personne toute entière, nécessitait de ce progrès – pas tant mon travail en lui-même.

J’ai appris que je ne me connaissais vraiment pas – j’ai encore beaucoup à me découvrir. Mais ce n’est qu’en m’accordant de laisser plus de place à ma vie et à ses multiples faces que ma plume s’en est vraiment trouvée impactée. Même sans écrire, j’ai progressé dans l’écriture.

Que ce serait-il donc produit si je n’avais pas emprunté ce chemin ? J’aurais sûrement beaucoup produit – mais d’un contenu de peu de valeur. J’aurais peut-être gagné à être plus efficace, techniquement parlant, mais mon travail aurait failli à toucher mon lectorat. Car je n’aurais pas eu appris à voir avant de parler.

En recherche d’équilibre

Comme à chaque rentrée, la plupart des écrivains sur les réseaux partagent leur plan d’attaque pour l’année – car il n’y a pas de temps à perdre au progrès et à la discipline. Alors même que je réfléchissais à un même plan d’attaque, notamment en me donnant des deadlines, je ne me suis pas sentie en paix avec cette décision – n’avais-je pas justement pris la nouvelle résolution de laisser ma vie dicter l’écriture plutôt que l’inverse ? De profiter pleinement de ma vie et de ses opportunités pour ensuite en faire profiter ma plume ?

Si je planifiais, ce serait l’échec – car non seulement je n’aurais pas accordé plus d’attention à ma vie et ses multiples sentiers, mais plus encore, je ne serais pas parvenue à réaliser mes objectifs à cause de ma vie. Mais alors, comment garantir d’avancer malgré tout ?

Je ne peux pas dire avoir de bonne réponse à cette question. Plutôt, j’ai un désir : reconnaître l’écriture à sa juste place dans ma vie. Non pas comme son fondement, mais comme une belle part à jouir. Si donc je suis persuadée de cette dernière vérité, le temps me sera donné pour en profiter.

Je ne veux plus écrire avec peur ni contrainte. Je veux croire que tout le temps décidé à l’écriture est une bonne chose et se suffit à lui-même. Il y a un temps pour tout – un temps pour écrire et un temps pour grandir. Un temps pour voir et un temps pour parler. J’ai beaucoup vu et ma pensée grandie – peut-être est-il à présent temps d’écrire – peut-être pas. Qu’importe – le progrès sera là.

Et qui sait ? Il y aura un temps pour découvrir, et peut-être y aura-t-il un temps pour vivre de sa plume. Bien que cela ne soit plus mon but ultime, je suis confiante que la chose pourra m’être accordée dans son temps, ou pour une période déterminée – et alors, j’en aurais vraiment choisi le chemin


5 réflexions sur “C’est l’heure du thé #18 – Là où les priorités ont changé

  1. Toujours aussi inspirante 🙂 merci et rappelle toi que tout concoure au bien de ceux qui l’aime… Ce que tu mettras dans ta besace te servira, Lui servira, nous servira, alors remplie là de ce qui t’inspire aujourd’hui et demain, elle sera pleine pour l’accomplissement de la promesse, la Sienne devenue tienne. Bon chemin et bonne écoute sur ce chemin….

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