Billet #7 – Retrouvailles instantanées

« Suddenly, the flash came – again – after months of absence – my old, inexpressible glimpse of eternity. And all at once I knew I could write. »

Emily’s Quest, L.M Montgomery

Il peut être difficile de retrouver un vieil ami.

Après des mois ou des années d’absence, à ne plus recroiser le regard, à ne plus partager le fruit de sa pensée, qui sait si le lien sera gardé ? Les humeurs en tous genres, la joie associative, la communion des idées, qui sait si tout cela aura survécu le temps ?

Evidemment, le contact n’a sûrement jamais été totalement perdu, le temps d’un appel ou d’un message. Mais la relation peut-elle toujours vivre ainsi, se contentant des miettes de ce qu’elle avait autrefois été ? Il y a un arrêt déjà signé, une pente de la mort vers quoi tout glisse progressivement. La relation se meurt – le bûcher ne peut être tenu par les seuls efforts d’un côté ou un autre. Il ne reste plus qu’une flamme pour alimenter le foyer – mais même celle-ci a perdu de sa chaleur.

Peut-être avez-vous même déjà commencé à oublier. Les souvenirs s’en vont, vaporeux – avec eux, celui de la joie que l’autre vous procurait.

Puis, un beau jour, vous recevez la nouvelle – des retrouvailles sont possibles. Mais cela fait si longtemps… l’incertitude vous coince à la gorge. Peut-on vraiment y redonner une chance ? L’autre n’aura-t-il pas trop changé ? N’a-t-on pas trop changé ?

Il n’y a qu’une manière de le savoir – redonner une chance. Il n’y aura que le lendemain pour le dire. Un jour suffit à tout montrer.

Une vérité demeure : des choses auront changé. Mais d’autres, au-delà de nous-mêmes, restent de l’inaltérable.

C’est la même histoire avec l’écriture – à chaque volonté de réconciliation, j’ai peur. Un sentiment me pousse vers l’avant, insatiable jusqu’au moment où il aurait regoûté à ce plaisir d’autrefois. Un autre accapare mes idées, les trouble, laisse mes mains impuissantes : et si tout était déjà fini ? Et si le plaisir était à jamais perdu, oublié ?

Peut-être avons-nous, comme le personnage d’Emily dans la trilogie de L.M Montgomery, rompu avec l’écriture, bien des mois auparavant, trop violemment… jusqu’à brûler son propre manuscrit de honte et de dégoût. Peut-être la relation porte-t-elle désormais un trou béant sur son cœur – est-ce même guérissable ?

La réconciliation nous fait peur, car elle nous demande de revoir au souvenir de cette plaie en nous.

Une seule chose me retient cependant à cette relation – je la sais toujours vivante. Quelque soit le souffle qui lui reste, il y en a suffisamment pour redémarrer le feu. Cela ne sera pas évident – le premier pas est sûrement le pire. Mais une seule fois suffit à tout montrer – une seule fois suffit à réconcilier.

Si je parviens, retrouvailles après retrouvailles, à poursuivre l’écriture, c’est parce que je sais cette amitié éternelle. Elle est là, nichée au plus profond de moi, m’appelle les bons comme les mauvais jours. Elle attend, jour après jour, mon heureux retour. Et lorsque cela arrive, toutes barrières de la crainte enfoncées, les retrouvailles se font dans une vive embrassade.

Pas de doute – rien n’est perdu. Mais il y a également du nouveau – et c’est sûrement cela, le meilleur de l’histoire.


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